III.
On nous accuse de trois crimes : d'être des athées, de nous nourrir de chair humaine comme Thyeste, d'être incestueux comme Œdipe. Si ces crimes sont prouvés, n'épargnez ni l'âge, ni le sexe ; punissez-nous par tous les genres de supplices ; exterminez-nous sans pitié, nous, nos femmes et nos enfants, si quelqu'un de nous vit à la manière des brutes. Et certes l'animal lui-même ne s'approche point d'un animal de son sexe ; il s'unit selon les lois de la nature pour le seul temps nécessaire à la génération, et non pour se livrer sans frein à ses penchants ; il reconnaît aussi ceux qui lui ont fait du bien. Quel supplice mériterait l'homme qui descendrait au-dessous de la brute; quel châtiment pourrait égaler son crime? Mais si on ne trouve laque des accusations et des calomnies dénuées de tout fondement, suite naturelle de l'acharnement du vice contre la vertu, puisque par un décret divin, une guerre éternelle est allumée entre les êtres d'une nature contraire ; si vous-mêmes vous êtes les témoins de notre in- nocence, vous qui défendez de nous accuser à cause de notre nom, il est de votre devoir de vous assurer de nos mœurs, de notre doctrine, de notre obéissance, de nos sentiments pour vous, votre famille et votre empire, et de tenir la balance égale entre nos accusateurs et nous : nul doute que la victoire ne reste à ceux qui sont toujours prêts à donner leur vie pour soutenir la vérité.
