Chapitre XL
Un jour, le démon m’apparut d’une grandeur démesurée, et il eut l’impudence de me dire : je suis la force et la providence de Dieu, et je te ferai telle faveur que tu voudras. Alors, en proférant le nom de Jésus-Christ, je lui crachai au visage ; et m’efforçant de le frapper, il sembla que j’en étais venu à bout : ce grand fantôme et toute la troupe des démons qui le suivaient s’étaient évanouis aussitôt que j’eus prononcé ce nom qui leur est si redoutable.
Une autre fois, comme je jeûnais, cet imposteur vint me trouver en habit de solitaire, et en me présentant comme un pain, il me dit pour me tromper : Mange, et donne quelque relâche à tes travaux excessifs ; tu es un homme comme les autres et tu succomberas si tu continues dans ces grandes austérités. Connaissant ses ruses et ses artifices, je me levai pour prier ; ne pouvant le supporter, il fut vaincu et s’évanouit de devant mes yeux en sortant par la porte comme une fumée.
Combien de fois m’a-t-il présenté de l’or en apparence dans le désert, afin seulement que je le touche et le regarde ! Mais au lieu de cela, je chantais des psaumes, et lui séchait de dépit. Il m’a souvent couvert de plaies, et je disais : Rien ne saurait me séparer de l’amour de Jésus-Christ (Rm 8, 35). A ces paroles, les démons s’entrefrappaient les uns les autres. Car ce n’est pas moi qui les ai domptés, et qui ai rendu toutes leurs forces inutiles ; mais c’est le Seigneur qui a dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair (Lc 10, 18).
Voilà, mes chers enfants, ce qui m’est arrivé personnellement et que j’ai voulu vous dire, en me souvenant de ce que l’Apôtre a fait en pareille rencontre ; afin que ni le découragement, ni la crainte de toutes les illusions du diable et des démons ne soient jamais capables d’affaiblir votre sainte résolution.