• Start
  • Werke
  • Einführung Anleitung Mitarbeit Sponsoren / Mitarbeiter Copyrights Kontakt Impressum
Bibliothek der Kirchenväter
Suche
DE EN FR
Werke Johannes Chrysostomus (344-407) In epistulam i ad Corinthios argumentum et homiliae 1-44 Commentaire sur la première épitre aux Corinthiens
HOMÉLIE V.

4.

Si maintenant des hommes qui croient au royaume du ciel et à des biens infinis, ont tant de peine à soutenir, les épreuves, comment les apôtres auraient-ils supporté tant de travaux sans espoir d'en rien recueillir, sinon des maux? Car si rien de ce qui s'était réellement passé n'avait eu lieu , si le Christ n'était point monté au ciel, ceux qui forgeaient ces contes et cherchaient à les persuader aux autres, offensaient Dieu et devaient s'attendre à être mille fois frappés de la foudre. Que s'ils eussent eu un tel zèle du vivant du Christ, ils l'eussent perdu après sa mort; car, n'étant pas ressuscité, il n'eût plus été à leurs yeux qu'un imposteur et un fourbe. Ne savez-vous pas qu'une armée, même faible, tient ferme tant que le général et le prince vivent; et que, bien que forte, elle se dissout dès qu'ils sont morts ?

Quels motifs plausibles, dites le moi, les auraient déterminés à entreprendre la prédication et à parcourir le monde entier? Quels obstacles ne les auraient pas retenus? S'ils étaient fous (je ne cesserai de le répéter), rien, absolument rien, ne leur eût réussi : car (325) personne ne croit à des fous. Mais s'ils ont réussi, comme le fait l'a prouvé , c'est donc une preuve qu'ils étaient les plus sages des hommes. Mais s'ils étaient les plus sages des hommes, il est évident qu'ils n'avaient point entrepris la prédication au hasard. Et s'ils n'avaient pas vu le Christ ressuscité, à quoi bon commencer une telle guerre? Tout ne lés en eût-il pas détournés? Il leur a dit : Je ressusciterai dans trois jours : il leur a promis le royaume des cieux; il leur a annoncé qu'après avoir reçu le Saint-Esprit ils soumettront la terre entière; il leur a dit mille autres choses encore, infiniment élevées au-dessus de la nature. En sorte que, si rien de cela n'était arrivé, eussent-ils cru en lui pendant qu'il vivait, ils auraient cessé d'y croire après sa mort, s'ils ne l'avaient vu ressuscité. Ils auraient dit : Il avait annoncé qu'il ressusciterait après trois jours, et il n'est pas ressuscité; il avait promis d'envoyer l'Esprit et il ne l'a pas envoyé; comment croirons-nous à ce qu'il a dit de l'avenir, quand ce qu'il a dit du présent est convaincu de fausseté? Comment auraient-ils prêché la résurrection d'un homme qui ne serait pas ressuscité? Parce qu'ils l'aimaient, dira-t-on. Mais ils l'eussent dès lors pris en haine, lui qui les avait trompés, et trahis; lui qui, par mille menteuses promesses, les avait arrachés à leurs maisons, à leurs parents, à tout ce qu'ils possédaient, lui qui, après avoir excité contre eux tout le peuple juif, les avait enfin abandonnés. Il l'eût été là un simple effet de faiblesse, ils l'eussent peut-être pardonné; mais il fallait maintenant y voir une grande scélératesse. Car il devait dire la vérité, et ne pas promettre le ciel, puisque, selon vous, il n'était qu'un homme. C'était donc une conduite tout opposée qu'ils auraient dû tenir, c'est-à-dire proclamer qu'ils avaient été trompés et le dénoncer comme un fourbe et un charlatan ; par là ils eussent échappé aux dangers et mis fin à la guerre.

Si les Juifs ont payé des soldats pour dire que le corps avait été enlevé, quel honneur n'eussent pas obtenu les disciples s'ils avaient dit en passant : C'est nous qui l'avons enlevé, il n'est point ressuscité? Ils pouvaient donc recevoir des honneurs et des couronnes. Pourquoi alors auraient-ils préféré les injures et les périls, si une force divine, plus puissante que tout le reste, ne les y eût déterminés? Et (325) si ce raisonnement ne vous convainc pas encore, faites celui-ci : Si les choses n'eussent pas été ainsi, quelque décidés qu'ils y fussent d'abord, ils ne l'auraient point pris pour sujet de leur prédication; ils l'auraient au contraire pris en aversion : car vous savez bien que nous ne voulons pas même entendre prononcer le nom de ceux qui nous ont ainsi trompés. Et pourquoi l'auraient-ils prêché , ce nom ? Dans l'espoir de vaincre par lui ? C'était tout le contraire qu'ils devaient attendre puisque, même après la victoire, ils seraient morts en prêchant le nom d'un imposteur. Que s'ils voulaient jeter un voile sur le passé, il fallait se taire : car engager le combat, c'était donner un nouvel aliment à la guerre et au ridicule. D'où leur serait venue la pensée de forger de telles inventions? Ils avaient perdu le souvenir de tout ce qu'ils avaient entendu. Et si, au rapport de l'évangéliste, ils avaient oublié bien des choses et n'en avaient pas compris d'autres , alors même qu'ils n'avaient rien à craindre ; comment tout ne leur aurait-il pas échappé, au milieu d'un si grand, péril? Mais à quoi bon dire cela, quand leur affection pour le maître était déjà affaiblie par la crainte de l'avenir, ainsi qu'il le leur reprocha lui-même un jour. Car comme suspendus à sa bouche, ils lui avaient souvent demandé auparavant : Où allez-vous? et qu'ensuite après l'avoir entendu longuement exposer les maux qu'il devait subir dans le temps de sa passion, ils restaient bouche béante et muette de terreur, écoutez comme il le leur fait sentir, en disant : « Aucun de vous ne me demande : Ou allez-vous? mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre coeur ». (Jean, XVI, 6, 6.) Si donc ils étaient déjà tristes quand ils s'attendaient à sa mort et à sa résurrection ; comment, ne le voyant pas ressuscité, auraient-ils pu vivre? Comment , découragés par la déception et épouvantés des maux à venir, n'auraient-ils pas désiré rentrer dans le sein de la terre?

Mais d'où leur sont venus ces dogmes sublimes? Et il leur avait annoncé qu'ils en entendraient de plus sublimes encore. « J'ai encore bien des choses à vous dire », leur disait-il, « mais vous ne pouvez les porter présentement ». Ce qu'il ne disait pas était donc encore plus élevé. Mais un des disciples, entendant parler de dangers , ne voulait pas même aller en Judée avec lui. «Allons-y aussi (326) nous», disait-il, «afin de mourir avec lui ». (Idem, XI, 16.) L'attente de la mort lui était pénible. Mais si, étant avec lui, il s'attendait à mourir et s'en effrayait pourtant, à quoi, séparé de lui et des autres disciples, n'aurait-il pas dû s'attendre ? Et t'eût été d'ailleurs une grande preuve d'impudence. Qu'auraient-ils eu à dire? Le monde entier connaissait la Passion; le Christ avait été suspendu au gibet en plein jour, dans une capitale, pendant la fête principale, celle dont il était le moins permis de s'absenter; mais aucun étranger ne connaissait la résurrection : ce qui n'était pas un petit obstacle au succès de leur prédication. La rumeur disait partout qu'il avait été enseveli; les soldats et tous les Juifs affirmaient que son corps avait été enlevé par ses disciples; mais aucun étranger ne savait qu'il fût ressuscité. Comment auraient-ils espéré en convaincre l'univers? Si on avait pu déterminer des soldats, malgré des miracles, à attester le contraire, comment sans miracle auraient-ils eu la confiance de prêcher, et pu croire, eux qui n'avaient pas une obole, qu'ils persuaderaient le monde entier de la résurrection ?

S'ils agissaient par ambition de la gloire,'ils se seraient attribué leur doctrine bien plutôt qu'à un mort. Mais on ne l'aurait point acceptée, dit-on. Et de qui l'eût-on plutôt acceptée ou d'un homme qui avait été pris et crucifié, ou d'eux qui avaient échappé aux mains des Juifs? Et pourquoi, de grâce, s'ils devaient prêcher, ne pas quitter aussitôt la Judée, et se rendre dans les villes étrangères, au lieu de rester dans le pays? Et comment auraient-ils fait des disciples, s'ils n'eussent opéré des miracles? Or, s'ils faisaient des miracles (et ils en faisaient), ce ne pouvait,être que par la puissance de Dieu; et s'ils eussent triomphé sans en faire, t'eût été bien plus étonnant encore. Ne connaissaient-ils pas, dites-moi, le peuple juif, ses mauvaises dispositions, son esprit de jalousie?

Ils avaient lapidé Moïse après le passage de la mer à pied sec, après cette victoire, après ce trophée remporté contre les Egyptiens, leurs oppresseurs, par les mains de ce grand homme sans effusion d'une goutte de sang; après avoir mangé la manne; après avoir vu des torrents d'eau couler du rocher; après les mille prodiges de l'Egypte, de la mer Rouge et du désert, ils avaient jeté Jérémie dans la citerne et mis à mort beaucoup de prophètes.

Ecoutez ce que dit Elie, quand il est forcé de s'éloigner du pays, après la terrible famine et la pluie miraculeuse, et,la flamme qu'il a fait descendre du ciel, et le merveilleux holocauste : « Seigneur, ils ont tué vos prophètes, ils ont détruit vos autels; je suis demeuré seul, et ils en veulent encore à ma vie ». (III Rois, XIX, 10.) Et pourtant ceux-là ne touchaient point à la loi. Comment donc, dites-le moi, aurait-on écouté les apôtres? Car ils étaient les plus misérables des hommes, et ils prêchaient les nouveautés qui avaient valu la croix à leur maître.

Du reste, ce n'était pas une grande preuve d'habileté chez eux que de répéter ce que le Christ avait dit. On avait pu croire que le Christ agissait par amour de la gloire; on n'en aurait que plus haï ses disciples qui reprenaient la guerre au profit d'un autre. Mais, objectera-t-on, la loi romaine les favorisait. Ils y trouvaient, au contraire, un nouvel obstacle : car les Juifs avaient dit : « Quiconque se fait roi, n'est pas l'ami de César ». (Jean, XIX, 12.) Ainsi cela seul eût suffi à les entraver, d'être les disciples d'un homme qui était censé avoir voulu se faire roi et de soutenir son parti. Où donc auraient-ils puisé le courage de se jeter dans de tels dangers ? Que pouvaient-ils dire de lui qui fût propre à leur attirer la confiance? Qu'il avait été crucifié? qu'il était né d'une pauvre mère juive, mariée à un charpentier juif? qu'il appartenait à une nation haïe du monde entier? Mais tout cela était plus propre à irriter qu'à persuader et qu'à attirer des auditeurs, surtout dans la bouche d'un fabricant de tentes et d'un pêcheur. Et les disciples -n'avaient-ils pas songé à tout cela? Les natures timides (et telles étaient les leurs) savent s'exagérer les choses. D'où auraient-ils pu espérer le succès ? Ils en auraient désespéré au contraire, quand tant de raisons les détournaient de l'entreprise, si le Christ n'était pas ressuscité.

Les moins intelligents ne comprennent-ils pas que si les apôtres n'avaient reçu une grâce abondante et n'avaient eu des preuves certaines de la résurrection, non-seulement ils n'eussent pas formé et entrepris un tel dessein, mais qu'ils n'en auraient pas même eu la pensée? Et si, malgré tant d'obstacles, je ne dis pas à la réussite, mais à l'idée même de l'entreprise, ils l'ont cependant formée et réalisée au-delà , de toute espérance, n'est-il (327) pas évident pour tout le monde que ce n'est point là l'effet de la puissance humaine, mais de la grâce divine?

Méditons donc ces sujets, non-seulement avec nous-mêmes, mais aussi avec les autres; ce sera le moyen d'arriver plus facilement à ce qui doit suivre. Et ne dites pas que vous n'êtes qu'un artisan, et que ces études vous sont étrangères. Paul était fabricant de tentes, et pourtant (il nous le dit lui-même) il fut rempli d'une grâce abondante, et ne parlait que par son inspiration. Avant de l'avoir reçue, il était aux pieds de Gamaliel, et il ne la reçut que parce qu'il s'en était montré digne; puis après, il reprit son métier. Que personne ne rougisse donc d'être ouvrier; mais que ceux-là rougissent qui vivent dans l'inutilité et la paresse, qui ont besoin de beaucoup de soins et de nombreux serviteurs. Car il y a une sorte de philosophie à ne gagner sa nourriture que par son travail; l'âme en devient plus pure, le caractère plus ferme. L'homme oisif parle bien plus au hasard, agit souvent sans but, passe des journées entières à ne rien faire, engourdi par la paresse; chez l'ouvrier, au contraire, il y a peu d'actions, de paroles ou de pensées inutiles : car une vie laborieuse tend tous les ressorts de l'âme. Ne méprisons donc point ceux qui gagnent leur vie par leur travail; félicitons-les plutôt. Quel mérite avez-vous, dites-moi, à passer votre vie à ne rien faire et à dépenser inutilement l'héritage que vous avez reçu de votre père? Ne savez-vous pas que nous ne rendrons pas tous le même compte? que ceux qui auront joui d'une plus grande abondance seront jugés plus sévèrement, tandis qu'on traitera avec plus d'indulgence ceux qui auront supporté les travaux, la pauvreté ou d'autres incommodités de ce genre? La parabole de Lazare et du mauvais riche est là pour le prouver. Vous serez justement accusé, vous qui n'employez vos loisirs à la pratique d'aucun devoir; mais le pauvre qui consacrait au devoir le temps que le travail lui laissait libre, recevra une riche couronne.

M'objecterez-vous que vous êtes soldat et que cet état ne vous laisse pas de loisir? Mais cette excuse n'est pas raisonnable. Corneille était centurion, et cela ne l'empêchait point de remplir exactement ses devoirs. Quand il s'agit de fréquenter les danses et les comédies, de passer toute votre vie au théâtre, vous n'objectez plus l'état militaire ni la crainte des magistrats; mais quand nous vous appelons à l'église, mille obstacles se lèvent. Et que direz-vous en ce jour terrible où vous verrez les torrents de flamme, les chaînes qui ne se brisent plus, où vous entendrez les grincements de dents ? Qui est-ce qui prendra votre défense, quand vous verrez l'ouvrier qui aura bien vécu, nager au sein de la gloire; tandis que vous, jadis si mollement vêtu et respirant l'odeur des parfums, vous subirez des supplices sans fin? A quoi vous serviront vos richesses et votre opulence? En quoi la pauvreté nuira-t-elle à l'artisan? Afin donc d'éviter ces malheurs. Méditons ces paroles en tremblant, et employons tous nos loisirs aux oeuvres nécessaires. Ainsi, après avoir obtenu de Dieu le pardon de nos fautes passées, et au moyen de nos bonnes couvres à venir, nous pourrons obtenir le royaume des cieux, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel, gloire, puissance, honneur, au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

pattern
  Drucken   Fehler melden
  • Text anzeigen
  • Bibliographische Angabe
  • Scans dieser Version
Download
  • docxDOCX (522.02 kB)
  • epubEPUB (505.73 kB)
  • pdfPDF (1.79 MB)
  • rtfRTF (1.68 MB)
Übersetzungen dieses Werks
Commentaire sur la première épitre aux Corinthiens
Homilien über den ersten Brief an die Korinther (BKV) vergleichen

Inhaltsangabe

Theologische Fakultät, Patristik und Geschichte der alten Kirche
Miséricorde, Av. Europe 20, CH 1700 Fribourg

© 2026 Gregor Emmenegger
Impressum
Datenschutzerklärung