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Voyez comme, dès le début, il abat l'orgueil et détruit par la base toute l'estime qu'ils avaient d'eux-mêmes, en se disant « appelé ». Ce que je sais, dit-il, je ne l'ai pas inventé; je ne .1 'ai pas acquis par ma propre Sagesse; mais c'est quand je persécutais et ravageais l'Èglise, que j'ai été appelé. D'où il suit que tout appartient à l'appelant, et que l'appelé n'a d'autre mérite, pour ainsi dire, que d'avoir obéi. « Du Christ Jésus ». Votre maître, c'est le Christ ; et vous donnez à des hommes le nom de maîtres de la science? « Par la volonté de Dieu ». Car c'est Dieu qui a voulu que vous fussiez ainsi sauvés. En effet, nous n'avons rien fait, nous; mais nous avons été sauvés par la volonté de Dieu; il nous a appelés parce qu'il l'a voulu , et non parce que nous en étions dignes.
Il. donne ensuite une nouvelle preuve de modestie, en mettant à son propre niveau un homme qui lui est bien inférieur : car il y a une grande distance entre Paul et Sosthène. Mais si, malgré cette grande distance, il égale à lui Sosthène, que pourront dire ceux qui méprisent leurs égaux? « A l'Eglise de Dieu». Non pas à l'Eglise d'un tel ou d'un tel, mais à celle de Dieu. « Qui est à Corinthe ». Vous voyez comme à chaque expression il abat leur enflure, en ramenant sans cesse leur pensée vers le ciel. Il appelle l'Eglise, Eglise de Dieu, pour montrer qu'elle doit être unie. En effet, si elle est de Dieu, elle est unie, elle est une, (300) non-seulement à Corinthe, mais par toute la terre. Car le nom de l'Eglise n'est pas un nom de division, mais d'union et d'harmonie. « Aux « sanctifiés dans le Christ Jésus ». Encore le nom de Jésus, nulle part celui des hommes. Mais qu'est-ce que la sanctification ? Le bain, la purification. Il leur rappelle leur propre impureté, dont il les a délivrés, et les engage à avoir d'humbles sentiments d'eux-mêmes; car ce n'est point par leurs propres mérites, mais par la bonté de Dieu qu'ils ont été sanctifiés. « Qui sont appelés saints ». Etre sauvés par la foi, leur dit-il; cela ne vient pas de vous vous n'êtes point venus les premiers, mais vous avez. été appelés; en sorte que ce peu même n'est point à vous tout entier. Et quand bien même vous Seriez venus, étant sujets à d'innombrables misères, ce n'est point à vous qu'il faudrait en attribuer le mérite, mais à Dieu.
Voilà pourquoi, écrivant aux Ephésiens, il disait : « Vous avez été sauvés par la grâce, au « moyen de la foi , et cela ne vient pas de « vous ». (Ephés. II, 8.) Votre foi ne,vous appartient pas tout entière ; car vous n'avez point prévenu, lorsque vous avez cru, mais vous avez été appelés et vous avez obéi. « Avec tous ceux qui invoquent le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Non pas le nom d'un tel ou d'un tel, mais « le nom de Jésus-Christ. En quelque lieu que ce soit, de Jésus-Christ, leur Seigneur comme le nôtre ». En effet, bien que cette lettre ne s'adresse qu'aux Corinthiens, il mentionne pourtant tous les fidèles qui sont sur la terre, indiquant par là que sur toute la terre l'Eglise, quoique séparée par les distances, doit être une; à plus forte raison celle de Corinthe. Que si le lieu les sépare, le Seigneur, leur maître commun, les réunit; aussi, pour exprimer cette union, ajoute-t-il : « En quelque lieu que ce soit, et leur Seigneur comme le nôtre ». En effet, l'unité de maître est bien plus efficace que l'unité de lieu pour faire exister l'union. Car, comme ceux qui sont dans un même lieu sont cependant divisés, s'ils ont plusieurs maîtres opposés entre eux, et ne gagnent rien pour la concorde à être réunis dans le même endroit, vu que leurs maîtres leur prescrivent des choses différentes et les attirent à eux, « vous ne pouvez », est-il dit, « servir Dieu et Mammon » ; de même ceux qui sont dans des lieux différents, s'ils n'ont pas des maîtres différents, mais un seul et même maître, ne perdent rien pour la concorde à la diversité des lieux, puisqu'un même maître les réunit. Je ne dis donc pas, insinue-t-il, que, vous Corinthiens, vous ne devez être unis qu'aux Corinthiens, mais à tous les fidèles qui sont sur toute la terre, puisque,vous avez un maître commun. Voilà pourquoi il répète : « Notre ». Car après avoir dit : « Le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ »; pour ne pas avoir l'air de séparer, aux yeux des insensés, il ajoute:. « Notre maître et le leur». Et pour rendre plus clair ce que j'avance, je lirai le texte comme le sens l'exige : Paul et Sosthène, à l'Eglise de Dieu qui est à Corinthe, et à tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur notre maître et le leur en tout lieu, soit à Rome, soit partout ailleurs : « Grâce et paix soit avec « vous de la part de Dieu notre Père et du « Seigneur Jésus-Christ ». Ou, encore une fois, comme je crois plus exact : Paul et Sosthène à ceux qui sont sanctifiés à Corinthe, qui sont appelés saints, avec tous ceux qui invoquent en tout lieu le nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur d'eux.et de nous. C'est-à-dire Grâce à vous, et paix à. vous qui avez été sanctifiés et appelés à Corinthe; et non-seulement à vous, mais avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de Jésus-Christ notre maître et le leur. Que si la paix vient de la grâce, pourquoi vous enorgueillissez-vous? pourquoi vous enflez-vous, puisque vous êtes sauvés par la grâce? Si vous êtes en paix avec Dieu, pourquoi vous livrez-vous à d'autres? C'est créer la dissidence. Qu'est-ce, en effet, d'être en paix et en grâce avec celui-ci et avec celui-là? Moi, je demande que ces deux choses vous viennent de Dieu, et de lui et pour lui; car elles ne seraient pas solides, si elles ne recevaient l'influence céleste : et si elles ne sont pas pour lui, elles sont sans profit pour nous. En effet, il ne nous sert de rien d'être en paix avec tout le mondé, si nous sommes en guerre avec Dieu; comme nous ne souffrirons point d'avoir tout le monde contre nous, si nous sommes en paix avec Dieu. Et encore, il ne nous servira de rien d'être célébrés par tous les hommes, si nous offensons Dieu; comme il sera sans danger pour nous d'être repoussés et haïs de tous, si Dieu nous accueille et nous aime.: car la vraie grâce, la vraie paix, vient de Dieu. En effet, celui qui possède la grâce qui vient de Dieu, fût-il accablé de maux, ne (301) craint personne, non-seulement aucun homme, mais pas même le diable; celui, au contraire, qui offense Dieu, parût-il-être en sécurité, se défie de tout le monde. Car la nature humaine est inconstante : non-seulement des amis et des frères, mais souvent des pères, changeant de sentiments pour le plus léger motif, ont rejeté celui qu'ils avaient engendré, qu'ils avaient procréé, et cela plus cruellement que ne l'eut fait tout ennemi; de même des fils ont rejeté leurs pères. Songez-y bien.