4.
De même que par sa mort il a préservé de la mort ceux qui allaient mourir, de même en attirant sur lui-même la malédiction, il l'a détournée de dessus la tête des hommes. « Afin que la bénédiction donnée à Abraham fût communiquée aux gentils (14). » Comment aux gentils? « En ta postérité », dit le Seigneur, « toutes les nations seront bénies » (Gen. XXII, 18), c'est-à-dire en Jésus-Christ. Si cela était dit des Juifs, serait-il rationnel que ceux qui, ont encouru la malédiction pour avoir violé la loi pussent transmettre la bénédiction aux autres hommes? Car nul parmi ceux qui sont maudits ne peut communiquer la bénédiction dont lui-même est exclu. Il est donc évident que ces paroles se rapportent entièrement à Jésus-Christ : c'est, lui qui est (606) la postérité d'Abraham, c'est par lui que les gentils ont été bénis, c'est ainsi que se réalise la promesse qui nous avait été faite au sujet du Saint-Esprit, et c'est ce que Paul voulait faire entendre quand il ajoutait : « Afin, qu'ainsi nous reçussions par la foi le Saint-Esprit qui avait été promis ». Comme il n'était pas possible que la grâce du Saint-Esprit parvînt aux gentils qui n'étaient en état ni de la recevoir, ni de la comprendre, Jésus commencé par les bénir et par les délivrer de la malédiction après quoi, une fois qu'ils sont justifiés par la foi, ils attirent à eux la grâce du Saint-Esprit. Ainsi donc la croix a détruit la malédiction, la foi a introduit la justification, et la justification nous a procuré la grâce du Saint-Esprit.
« Mes frères, je vais me servir du langage des hommes : Lorsqu'un homme a fait un contrat en bonne forme, nul ne peut ni le casser, ni y introduire de nouveaux articles (15) ». Que signifie ces mots : « Je vais me servir du langage des hommes? » Cela signifie qu'il va emprunter ses exemples à la vie commune. Comme il a jusqu'à présent appuyé ses raisonnements sur les Écritures, sur les miracles opérés par eux-mêmes, sur les épreuves du Christ, et sur les actes du patriarche Abraham, il va désormais prendre ses exemples dans la vie commune. C'est son invariable habitude : il donne ainsi plus de charme à sa parole, la rend plus accessible, plus intelligible pour les intelligences obtuses. Tel est aussi le tour qu'il prend dans sa lettre aux Corinthiens : « Quel est celui qui mène paître un troupeau, et n'en mange pas du lait? Qui est-ce qui plante une vigne et n'en mange point du fruit? » (I Corinth. IX, 7.) C'est encore de la même manière qu'il parle aux Hébreux : « Parce que le testament n'a lieu que par la mort, n'ayant point de force tant que le testateur est encore en vie». (Hébr. IX, 17.) Il serait facile de s'assurer qu'il s'est plu souvent à- employer ce genre de preuves. C'est aussi de ce procédé que se sert continuellement le Seigneur dans l'Écriture, comme quand il dit : « Est-ce que la femme pourrait oublier son fils? » Et ailleurs : « Le vase dit-il au potier : Que fais-tu?» (Isaïe XLIX, 45, et XXIX, 16.) Dans le livre d'Osée il parle comme un époux dédaigné par sa femme (Osée, I, 2). Souvent il emprunte ses images à la vie humaine, comme lorsque le prophète reçoit une ceinture, ou pénètre sous le toit du potier (Jéré. XVIII, 2). Que peut donc prouver Paul par cet exemple? Que la foi est plus ancienne, la loi plus nouvelle et seulement provisoire, et donnée aux hommes pour frayer la route à la foi. Voilà pourquoi il dit : « Frères, je vais me servir du « langage des hommes». Plus haut, il les traitait d'insensés, et maintenant il les appelle ses frères, les consolant en même temps qu'il les frappe. « Lorsqu'un homme a fait un contrat en bonne forme ». Si un homme, dit-il, fait un testament, se trouvera-t-il quelqu'un qui vienne ensuite le modifier ou y ajouter quelque chose?, car tel est le sens de ces mots :... « On y introduit de nouveaux articles ». Si cela est vrai des hommes, combien plus quand il s'agit de Dieu ! Et en faveur de qui Dieu avait-il fait son testament?
« Or les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L'Écriture ne dit pas: A ceux de sa race, comme s'il en eût voulu marquer plusieurs; mais, à sa race, c'est-à-dire à l'un de sa race, qui est Jésus-Christ. Ce que je veux donc dire est que Dieu ayant fait et autorisé comme un contrat en faveur de Jésus-Christ, la loi qui n'a été donnée que quatre cent trente ans après, n'a pu le rendre nul, ni en abroger la promesse. Car si c'est par la loi que l'héritage nous est donné; ce n'est donc plus par la promesse. Or, c'est , par la promesse que Dieu l'a donné à Abraham (16-18) ». Vous le voyez donc, Dieu a fait un contrat en faveur d'Abraham, en disant que les bénédictions parviendraient aux gentils par l'intermédiaire de sa race. Eh bien ! comment la loi peut-elle le défaire? Comme cet exemple ne convenait au sujet qu'en partie, l'apôtre avertit pour cette raison qu'il va « Se servir du langage des hommes ». C'est-à-dire, ne jugez pas de la générosité de Dieu par cet exemple seul, vous vous en feriez une idée trop étroite. Examinez et remontez plus haut; Dieu n'a-t-il pas annoncé à Abraham que les gentils seraient bénis par l'intermédiaire de sa race? Et sa race selon la chair, n'est-elle pas représentée par Jésus-Christ ? La loi n'est-elle pas venue quatre cent trente ans après? Or, si 1a loi transmet la bénédiction, et la vie, et la justification, la promesse reste sans effet. Quoi ! nul ne pourra casser le testament fait par un homme, et le testament du Seigneur sera cassé au bout de quatre cent trente ans ! Car si (607) les dispositions contenues dans ce testament ne se réalisent pas par l'effet de ce testament, mais par une autre cause, c'est qu'il a été annulé, ce testament. Cela est-il admissible?
« Pourquoi donc », dit-il, « la loi a-t-elle été établie? à cause des prévarications (19) ». Car la loi non plus n'a pas été créée en vain. Voyez-vous comme ses regards embrassent tout? On dirait qu'il a des yeux par milliers. Après avoir exalté la foi , et avoir montré qu'elle est plus ancienne, il ne veut pas que les Galates regardent la loi comme ayant été inutile, et il rectifie leur opinion à ce sujet, en expliquant qu'elle avait eu sa raison d'être et qu'elle avait eu une véritable utilité, à cause des prévarications . c'est-à-dire, parce qu'elle empêchait les Juifs de vivre sans rien qui les retînt, et de se laisser entraîner aux derniers excès du vice. Elle leur servait de frein; elle les formait, réglait leur conduite, les empêchait de violer, sinon toutes, au moins quelques-unes de ses prescriptions. De sorte que la loi n'a pas procuré peu d'avantages aux hommes. Mais jusqu'à quelle époque cela doit il durer? « Jusqu'à l'avènement de ce Fils que la promesse regarde », et ce Fils, c'est Jésus-Christ. Si donc elle a été donnée pour durer jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ, pourquoi vouloir mal à propos lui faire dépasser ce terme ? « Et cette loi a été donnée par les anges par l'entremise d'un médiateur ». Ou bien ce sont les prêtres qu'il appelle des anges, ou bien il veut dire que les anges eux-mêmes ont prêté. leur ministère à l'établissement de la loi. Pour lui le médiateur est le Christ, et il fait entendre qu'il existait avant la loi, et que c'est lui-même qui l'a donnée. « Or, un médiateur n'est pas d'un seul, et il n'y a qu'un, seul Dieu (20) ».
5. Que vont répondre à cela les hérétiques? Si ces mots : « Le seul vrai Dieu » (Jean, XVII, 3) ne permettent pas de croire que le Fils soit le vrai Dieu, il faut aussi en conclure qu'il n'est pas Dieu, puisqu'il a été dit : « Il n'y a qu'un seul Dieu ». (Deut. VI, 4:) Mais si, malgré ces mots : « Un seul Dieu, le Père » (I Cor. VIII, 6), le Fils ne laisse pas d'être Dieu, il est évident que le Père étant le vrai Dieu , le Fils est aussi-le vrai Dieu. Mais un médiateur, dit-il, est le médiateur de deux personnes. De qui donc le Christ était-il le médiateur ? Bien évidemment il servait de médiateur entre Dieu et les hommes. Voyez-vous comme Paul démontre que le Christ lui-même a donné la loi? Si donc il a donné la loi lui-même, il a le droit de l'annuler. — « La loi donc est-elle contre les promesses de Dieu (21)? » Car si les bénédictions nous ont été données. par l'intermédiaire de la race d'Abraham, et que la loi ait fait peser sa malédiction sur elle, elle s'est mise en contradiction avec les promesses de Dieu. Comment réfute-t-il cette objection ? D'abord il la repousse avec dégoût et s'écrie : « Loin de nous une telle supposition », puis il continue l'enchaînement de ses preuves et dit : « Car si la loi qui a été donnée avait pu donner la vie, on pourrait dire alors avec vérité que la justification s'obtiendrait par la loi ». Voici le sens de ses paroles : Si nous avions compté sur elle, dit-il, pour obtenir la vie, et si elle avait eu le pouvoir d'opérer notre salut, on aurait peut-être raison de parler ainsi ; mais si c'est la foi qui sauve, et que la loi attire la malédiction, nous ne pourrions rien perdre à l'avènement de la foi qui nous affranchit de tout. Si la promesse devait s'accomplir par l'intermédiaire dé la loi, on n'aurait pas tort de croire que s'écarter de la loi serait s'écarter de la justification. Mais si elle à été donnée pour nous circonscrire tous dans de certaines limites, c'est-à-dire, pour confondre notre négligence, pour nous faire sentir nos fautes, non-seulement elle n'empêche pas l'effet de la promesse, ruais encore elle en favorise l'accomplissement. C'est ce qu'il veut prouver quand il dit : « Mais l'Écriture a comme renfermé tous les hommes sous le péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi de Jésus-Christ à ceux qui croiraient en lui (22) ».
Comme les Juifs n'avaient pas conscience de leurs propres péchés, et que dans cet état ils ne. désiraient pas s'en faire absoudre, Dieu leur donna la loi qui leur révéla leurs blessures, et leur fit désirer l'intervention du médecin. « L'Écriture », dit-il, « les enferma sous le péché », c'est-à-dire, qu'elle les convainquit de péché, et les retint, en faisant naître la crainte chez eux. Vous voyez donc que la loi, au lieu d'être contraire aux promesses de Dieu, n'a fait qu'en hâter l'accomplissement. Si la loi en revendiquait pour elle seule l'exécution et la responsabilité, on serait fondé à présenter cette objection; mais si elle ne fait qu'obéir à une autre influence , à (608) laquelle son action tout entière soit subordonnée, en quoi est-elle contraire aux promesses de Dieu? Sans elle, tous les hommes auraient abouti au vice, et parmi les Juifs il n'y en aurait pas eu un seul qui eût voulu écouter le Christ; tandis que, du jour où elle leur a été donnée, elle a produit un double résultat : elle a développé chez ceux qui l'observaient des germes suffisants de vertu, elle leur a donné conscience de leurs péchés, ce qui était le meilleur moyen de leur faire désirer la venue du Fils de Dieu. Aussi ceux qui n'ont pas cru en lui, n'ont pas cru, parce qu'ils ignoraient leurs propres péchés. Et voilà pourquoi Paul disait : « Parce que ne connaissant point la justification qui vient de Dieu, et s'efforçant d'établir leur propre justification, ils ne se sont point soumis à Dieu pour recevoir cette justification qui vient de lui ». (Rom. X, 3.)
« Or, avant que la foi fût venue, nous étions sous la garde de la loi, qui nous tenait renfermés pour nous disposer à cette foi qui devait nous être. révélée un jour (23) ». Voyez-vous avec quelle clarté il résume nos explications? S'il se sert de ces expressions : « Nous étions sous la garde..., qui nous tenait renfermés », c'est qu'il ne veut pas prouver autre chose que ceci, à savoir qu'en observant les prescriptions de la loi on était en sûreté. Car la loi, en retenant les Juifs derrière la crainte, comme derrière un rempart, et en leur imposant un genre de vie en rapport avec elle-même, les conservait pour la foi. « Ainsi la loi nous a servi de conducteur, pour nous mener comme des enfants à Jésus-Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi (24) ». Celui qui conduit les enfants. n'est pas le rival de celui qui les instruit, mais son coopérateur, car il préserve de tous les vices le jeune homme qui lui est confié, et fait tous ses efforts pour le rendre apte à profiter des leçons du maître. Mais quand le jeune homme est arrivé en pleine possession de lui-même, celui qui le conduisait s'éloigne pour toujours. Ce qui fait dire à Paul : « Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un conducteur comme des enfants ; puisque vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ (25, 26) ». Si donc la loi remplissait l'office de pédagogue, et si elle nous a gardés et contenus, elle n'a pas été l'ennemie de la grâce, elle l'a aidée au contraire, mais si, après la venue de la grâce, elle persistait à nous garder sous sa direction, c'est alors qu'elle serait son ennemie. Si elle nous tenait enfermés, quand nous devons nous éloigner d'elle, c'est alors qu'elle nuirait à notre salut. Qu'une lampe, après nous avoir éclairés pendant la nuit, continue de briller pendant le jour de manière à nous empêcher de voir le soleil, elle nous importunera au lieu de nous rendre service; il en serait de même de la loi, si elle nous empêchait d'acquérir des biens plus grands. Par conséquent ceux qui l'observent aujourd'hui sont ceux qui la déprécient le plus. En effet, le pédagogue rend son élève ridicule quand il s'obstine, hors de propos, à le retenir près de lui. C'est pourquoi Paul a dit : « Mais la foi étant venue, vous n'êtes plus sous un conducteur comme des enfants ». Ainsi donc nous ne sommes plus sous un conducteur comme des enfants. « Car vous êtes tous enfants de Dieu ». Oh ! combien est grande la puissance de la foi, et comme il l'a fait ressortir à mesure qu'il avance ! D'abord il a prouvé aux Galates que la foi les rendait enfants d'Abraham : « Vous savez », leur dit-il, « que ceux qui observent la foi sont les fils d'Abraham ». Et maintenant il leur déclare qu'ils sont aussi les enfants de Dieu : « Car tous vous êtes enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ », par la foi et non par la loi. Ensuite, après avoir prononcé cette grande et admirable parole, il expose de quelle manière ils sont devenus les enfants de Dieu.
Car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (27) ». Pourquoi n'a-t-il pas dit Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous êtes nés de Dieu? Car il semble que cela eût dû faire suite aux raisonnements par lesquels il leur prouve qu'ils sont enfants de Dieu. — Parce qu'il veut faire sur eux une impression plus forte. Car si Jésus-Christ est le Fils de Dieu, et que vous, vous soyez revêtus de Jésus-Christ, vous le possédez en vous-mêmes, vous devenez semblables à lui, vous êtes réunis dans une seule et même parenté, sous une seule et même forme. « Il n'y a plus maintenant ni Juif ni gentil, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme; mais vous n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ (28) ». Voyez-vous l'inépuisable ambition de ce grand coeur ? Il a dit : « Nous sommes les enfants de (609) « Dieu par le moyen de la foi», il ne s'en tient pas là, il s'efforce à trouver quelque choie de plus, une parole qui exprime plus clairement notre étroite union avec Jésus-Christ. Il a dit « Vous avez été revêtus de Jésus-Christ»; cela ne lui suffit pas, il développe encore sa pensée, il resserre encore plus cette intime communion du chrétien avec Jésus-Christ, et dit « Vous n'êtes tous qu'un en Jésus ». C'est-à-dire, vous n'êtes qu'une seule forme, qu'un seul type en Jésus-Christ. Quoi de plus imposant qu'une telle parole? Le gentil et le Juif, et celui qui naguère encore était esclave, se trouvent posséder la même forme, non pas que celle de l'ange ou celle de l'archange, mais que celle du Maître du inonde , et portent en eux Jésus-Christ. « Que si vous êtes à Jésus-Christ, vous êtes donc la race d'Abraham, et les héritiers selon la promesse (39) ». Voyez-vous comme il fait ressortir maintenant ce qu'il disait d'abord au sujet de la race d'Abraham , que les bénédictions de Dieu lui avaient été données à lui, ainsi qu'à sa race ?