3.
Qu'est-ce à dire : « Cohéritiers , participant avec eux de la promesse, et membres d'un même corps? » Voilà la grande chose, cette réunion en un seul corps, ce complet rapprochement. On savait que les gentils seraient appelés; mais que ce devait être à ces conditions, on l'ignorait. De là cette expression : « Mystère de promesse ». Les Israélites avaient part, les gentils avaient part également à la promesse de Dieu. « Dans le Christ par l'Evangile ». En d'autres termes, par son envoi vers eux, et par leur conversion : car il ne dit pas seulement: « Dans le Christ », mais ajoute : « Par l'Evangile ». Mais c'est peu Paul nous révèle quelque chose de plus grand; à savoir que cela était ignoré non-seulement des hommes, mais des anges, des archanges eux-mêmes, de toute puissance créée : c'était un mystère, et personne n'en avait eu la révélation. « Comprendre l'intelligence que j'ai ». Sans doute il fait allusion à ce qu'il leur a dit dans les actes, que s'il invite las gentils eux-mêmes, c'est en lui l'effet d'une certaine intelligence. Il veut parler de l'intelligence du mystère dont il a parlé, à savoir que Jésus créera en lui-même et formera un seul homme nouveau. Il a appris par révélation, ainsi que Pierre, qu'il ne faut pas avoir les gentils en abomination, et saint Pierre le déclare lorsqu il se justifie d'avoir été chez les gentils. « Dont j'ai été fait le ministre en vertu du don de la grâce de Dieu, qui m'a été donnée par l'opération de sa vertu (7) ». Il a dit qu'il est prisonnier, ce qui ne l'empêché pas ici de faire honneur de tout au Seigneur, en disant . « En, vertu du don de la grâce de Dieu » ; car c'est par la vertu de ce don que cet honneur lui a été fait. Mais le don ne suffisait pas, si la force ne (467) lui avait été communiquée en même temps. Car c'était vraiment le fait d'une grande force; et un zèle humain n'aurait pu y suffire. Paul apporta trois choses à la prédication : un zèle bouillant et intrépide, une âme prête à tout supporter, et enfin l'intelligence et la sagesse; car ce n'eût pas été assez du courage, d'une vie irréprochable, s'il n'avait reçu en outre la vertu de l'esprit. Voyez-en la preuve chez lui-même d'abord, ou plutôt, écoutez ce qu'il écrit : « Afin que notre ministère ne soit pas censuré » (II Corinth. VI, 3) ; et encore : « En effet, notre prédication a été exempte d'erreur, d'impureté, de paroles de flatterie, de prétexte d'avarice ». (I Thess. II, 3,5.) Voyez-vous qu'elle était irréprochable. Et ailleurs : « Ayant soin de faire le bien, non-seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes ». (Rom, XII, 17.) Ensuite : « Chaque jour je meurs, oui, par la gloire que je reçois de vous en Jésus-Christ Notre-Seigneur ». (I Corinth. XV, 31.) Et encore : « Qui nous séparera de l'amour du Christ? La tribulation, la détresse ou la persécution ? » (Rom. VIII, 35.) Et ailleurs : « Par une grande patience dans les tribulations, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons ». (II Corinth. VI, 4, 5.) Puis sa conduite pleine de sagesse: « Je me suis fait Juif avec les Juifs, avec ceux qui sont sous la loi comme si j'eusse été sous la loi ». (I Corinth. IX, 20,21.) Il se rase et se soumet à mille pratiques. Mais ce qui passe avant tout, c'est qu'il agissait par la vertu de l'Esprit-Saint. « Car je n'oserai parler d'aucune des choses que le Christ n'a pas faites par moi ». (Rom. XV, 18.) Car en quoi avez-vous été inférieurs aux autres Eglises ? enfin : « Car je n'ai été inférieur en rien aux plus éminents apôtres, quoique je ne sois rien.». (II Corinth. XII, 13,11.) Sans cela la chose eût été impossible. Ce n'est point par des miracles qu'il convertit : les miracles n'y faisaient rien : Ce n'est pas, de cela qu'il croyait devoir se prévaloir, mais d'autres choses. Il faut être irrépréhensible, sage, hardi, persuasif. C'est par là qu'il réussit en général : et dès qu'il avait cela, les miracles devenaient superflus. Nous voyons du moins que, même avant d'avoir opéré aucun miracle, il avait fait mille choses de ce genre.
Et nous, sans avoir rien de tout cela, nous voulons réussir en tout. Or, ôtez l'une de ces choses, le reste devient inutile. Car à quoi bon être hardi, si l'on est sujet aux reproches dans sa conduite? « Si la lumière qui est en toi est ténèbres, les ténèbres elles-mêmes, que seront-elles? » Et que sert d'avoir une vie irréprochable, si l'on est paresseux et nonchalant? « Si quelqu'un ne porte pas sa croix, et ne marche pas à ma suite, il n'est pas digne de moi ». Et encore : « Si quelqu'un ne donne pas sa vie pour les brebis», et la suite. Et que sert de réunir ces deux conditions, si l'on manque d'adresse pour répondre à chacun comme il convient? Or, si les signes ne dépendent pas de nous, ces deux choses sont en notre pouvoir. Paul, tout en s'attribuant toutes ces qualités , en reportait néanmoins tout l'honneur à la grâce. C'est le fait d'un serviteur reconnaissant. Et nous ne connaîtrions pas même ses grandes actions, s'il n'eût été forcé de nous en instruire. Est-ce que nous sommes dignes, même de nous souvenir de Paul? Bien qu'il eût la grâce avec lui, il ne se tenait pas néanmoins pour content, et affrontait pour sa part mille dangers. Et nous, qui n'avons point le même crédit, sur quoi compter, dites-moi, ou pour garder ceux qui nous sont confiés, ou pour gagner ceux qui se tiennent encore à l'écart, nous, hommes adonnés à la mollesse, avides de repos à tout prix, incapables de résister, même en songe, à un péril, ou plutôt, incapables de le vouloir, nous, aussi éloignés de la sagesse de Paul que le ciel est éloigné de la terre? Si ceux qui sont sous notre direction restent si loin des hommes d'alors, c'est que les disciples d'alors valaient mieux que les docteurs d'aujourd'hui : ils étaient circonvenus de tous côtés par les peuples et les tyrans; la guerre les assiégeait de toutes parts : et rien ne pouvait les abattre ni les fléchir.