§ 2.
En ce qui concerne la hiérarchie des anges et des archanges, des principautés qui ne sont pas de ce monde, des pouvoirs et des puissances, des seigneuries et des trônes divins, ou des essences de même rang que les trônes dont l'Ecriture rapporte qu'elles se tiennent de façon constante et perpétuelle autour de Dieu et qu'elles vivent en accord avec lui, ces essences qu'on appelle en hébreu chérubins et séraphins, — si tu as l'occasion de lire dans le traité que nous y avons consacré ce que nous avons dit des ordres et des divisions sacrées de leurs légions et de leurs hiérarchies, tu pourras remarquer que nous avons loué cette hiérarchie céleste, non certes de façon digne d'elle, mais dans la mesure de nos forces et selon la tradition théologique des très saintes Ecritures. Il est un point pourtant qu'il faut rappeler ici. Comme tout à l'heure pour la hiérarchie céleste, celle dont nous entreprenons maintenant la louange ne comprend qu'une seule et même puissance à travers toutes ses fonctions hiérarchiques. Chaque chef hiérarchique en effet, dans la mesure où le comporte son essence, sa proportion et son ordre, peut, d'une part, recevoir l'initiation des secrets divins et obtenir la déification, transmettre d'autre part ceux qu viennent après lui, selon le mérite de chacun, une part de cette sainte déification qu'il a reçue de Dieu même. Quant aux inférieurs, d'une part, ils obéissent à ceux qui ont plus de pouvoirs qu'eux, d'autre part, ils incitent à progresser leurs propres subalternes. Ces derniers eux-mêmes ne se contentent pas d progresser; dans la mesure du possible ils guident le autres. Et c'est ainsi que, grâce à cette harmonie divine et hiérarchique, chaque ordre peut participer autant qu'il est en lui à Celui qui est véritablement beau, sage et bon.
Mais, comme nous l'avons déjà saintement rappelé, les essences et les ordres qui nous dépassent sont incorporels, leur hiérarchie appartient à l'ordre intelligible et transcende notre monde. Dans la hiérarchie humaine nous verrons au contraire se multiplier à la mesure de notre nature propre la variété des symboles sensibles qui nous élèvent hiérarchiquement jus qu'à l'unité de la déification autant qu'elle nous peut être accessible.
En tant qu'intelligences, les essences célestes possèdent autant qu'elles le peuvent faire sans sacrilège l'intuition intellectuelle de Dieu et de la vérité divine. Pour nous, c'est au moyen d'images sensibles que nous nous élevons autant que nous le pouvons jusqu'aux contemplations divines. A dire vrai, c'est bien un seul et même objet vers quoi tendent tous les êtres qui se conforment à Dieu, mais loin que tous aient part selon le même mode à Celui qui est identique et unique, chacun n'y participe qu'autant que les décrets divins lui assignent d'y participer, c'est-à-dire à la mesure de ses mérites. Mais on a traité cette question de façon plus explicite quand on a étudié la relation des intelligibles aux sensibles. Pour l'instant, je tenterai seulement de décrire notre hiérarchie, d'en définir autant que Je pourrai le principe et l'essence, ayant d'abord invoqué Jésus, principe et fin de toute hiérarchie,
