Edition
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Adversus Hermogenem
IX.
[1] Non potest dicere deum ut dominum materia usum ad opera mundi, dominus enim non potuit esse substantiae coaequalis. [2] Sed precario forsitan usus est, et ideo precario, non dominio, ut, cum ea mala[non] esset, de mala tamen sustinuerit uti, scilicet ex necessitate mediocritatis suae qua non ualebat ex nihilo uti, non ex potestate, quam si[bi] habuisset omnino ut deus in materiam quam malam norat, ante eam in bono conuertisset ut dominus et bonus, ut ita de bono, non de malo uteretur. Sed quia bonus quidem, dominus autem non, ideo qualem habuit tali[a] usus necessitatem suam ostendit cedentem condicioni materiae quam, si dominus fuisset, emendasset. [3] Sic enim Hermogeni respondendum est, cum ex dominio defendit deum materia usum et de re non sua, scilicet non facta ab ipso. Iam ergo malum ab ipso qui est mali, si non auctor, quia non effector, certe permissor, quia dominator. [4] Si uero materia non et ipsius, qua malum dei non erit, de alieno ergo usus aut precario usus est, qua egens eius, aut et iniuria, qua praeualens eius. His enim tribus modis aliena sumuntur, iure beneficio impetu, id est dominio precario ui. Dominio non suppetente eligat Hermogenes qui
Traduction
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Contre Hermogène
IX.
Que, pour créer le monde, Dieu se soit servi de la Matière en qualité de Seigneur, Hermogène ne peut le soutenir: Dieu n'a pu être le Seigneur d'une substance qui lui est égale.
---- Mais il s'en est servi probablement à titre précaire.
---- Oui, si bien à titre précaire, mais non comme possesseur d'un domaine à lui, que toute défectueuse que fût la Matière, il eut le courage d'employer une substance mauvaise, apparemment par la nécessité de sa faiblesse, qui l'empêchait de créer les êtres de rien, mais non par un acte de sa puissance; car s'il avait pu, en sa qualité de Dieu, commander à la Matière qu'il savait mauvaise, Seigneur et infiniment bon, il eût commencé par en corriger la nature défectueuse, afin d'employer une substance bonne au lieu d'une mauvaise. Toutefois, comme il n'était que bon, sans être Seigneur, il l'employa telle qu'il la trouva, montrant ainsi qu'il était contraint de céder à la nature de la Matière, puisque, s'il en eût été le Seigneur, il l'aurait réformée. En effet, c'est ainsi qu'il faut répondre à Hermogène, lorsqu'il soutient que Dieu employa la Matière, en vertu de son titre de Seigneur, mais non comme une chose qui fût à lui, puisqu'elle n'avait pas été créée par lui. Il suit de là que le mal vient de Dieu; car s'il n'en est pas l'auteur, puisque ce n'est pas lui qui l'a fait, toujours est-il qu'il le permet, puisqu'il en est le Seigneur. Si au contraire la Matière n'est pas à Dieu, en tant que le mal n'est pas à lui, dès qu'il se sert du bien d'autrui, ou il l'a employé par une sorte de tolérance, attendu qu'il en avait besoin, ou il l'a usurpé violemment, attendu qu'il était le plus fort. Car on prend le bien d'autrui de ces trois manières, ou en vertu de son droit, ou par autorisation, ou à main armée, c'est-à-dire, domaine, titre précaire, violence. Il n'y a pas lieu au domaine; qu'Hermogène choisisse donc ce qui est le plus convenable à un Dieu, qu'il ait créé le monde avec la Matière préexistante, ou à titre précaire, ou par violence.