1.
« Et ils ont fermé leurs yeux, de peur que leurs yeux ne voient: » c'est-à-dire, ils ont été cause que Dieu leur a fermé les yeux. Un autre Evangéliste dit effectivement: « Il a aveuglé leurs yeux. » Mais est-ce d'une manière irrémédiable ? ou bien cela veut-il dire : dupeur qu'ils n'ouvrent un jour les yeux; que fatigués de leur aveuglement, pleurant leurs misères, en étant humiliés et ébranlés, ils n'avouent leurs fautes et ne cherchent humblement le Seigneur ? Saint Marc dit en effet: « De peur qu'ils ne viennent à se convertir, et que leurs péchés ne leur soient pardonnés 1. » Il suit delà que l'aveuglement de leur esprit aurait été le châtiment de leurs fautes, et que la miséricorde divine aurait voulu cependant leur donner le moyen de reconnaître leurs péchés, de se convertir et d'obtenir leur pardon. Mais saint Jean dit en cet endroit : « C'est pour cela qu'ils ne pouvaient croire, parce que Isaïe a dit encore : Il a aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur, afin que leurs yeux ne voient point, que leur coeur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent point, et que je ne les guérisse pas 2. » Ceci semble contredire le premier sentiment et exiger qu'on interprète ces mots : « De peur que leurs yeux ne voient, » non pas en ce sens: De peur qu'ils ne puissent voir un jour; mais dans le sens suivant: « Afin qu'ils ne voient a point ; » car l'Evangéliste dit clairement: « afin que leurs yeux ne voient point. » Ces autres mots: « C'est pour cela qu'ils ne pouvaient croire,» démontrent suffisamment que leur aveuglement n'a pas eu pour résultat de les toucher et d'exciter leur regret de ne pas comprendre, pour les amener à se convertir un jour, à faire pénitence ; car ils ne pouvaient en venir là, avant de croire ; la foi était la condition de leur conversion ; la conversion, de leur guérison ; et la guérison, de l'ouverture de leur intelligence; ces mots, disons-nous, prouvent plutôt qu'ils ont été frappés d'aveuglement, pour qu'ils n'eussent point la foi. Ceci en effet est très-péremptoire : « C'est pour cela qu’ils ne pouvaient croire. »