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Ils allèguent encore le fait de ce riche à qui Dieu avait dit : « Insensé, cette nuit je te redemanderai ton âme; quant aux trésors que tu as amassés, à qui retourneront-ils1 ? » La contradiction, disent-ils, est manifeste entre ce passage et la loi ; car ici le Seigneur se rit de cette vaine joie qui pense se reposer toujours sur des biens essentiellement passagers, et là ce même Dieu garantit au peuple d'Israël des promesses temporelles. L'Apôtre saint Paul parlant des riches du siècle devenus membres de l'Eglise, écrivait à Timothée : « Ordonnez aux riches de ce siècle de ne pas s'enfler d'orgueil et de ne point mettre leur confiance dans leurs fragiles richesses ; qu'ils n'espèrent que dans le Dieu vivant qui nous donne tout en abondance ; qu'ils fassent du bien, qu'ils soient riches en bonnes oeuvres, qu'ils donnent facilement, qu'ils fassent part de leurs biens et qu'ils s'amassent un trésor des biens à venir, afin de conquérir la vie éternelle2 ». Après ces paroles, comment ne pas comprendre que la possession elle-même n'est pas un péché? Lé péché serait d'y attacher son ceeur, de mettre là toute son espérance, de préférer ou de comparer ses biens à la vérité, à la justice, à la sagesse, à la foi, à la bonne conscience, à l'amour de Dieu et du prochain, toutes choses qui enrichissent une âme et la rendent précieuse aux yeux de Dieu. S'agit-il maintenant d'inspirer l'amour de ce Dieu qui communique à ceux qui l'aiment tous ces biens invisibles et éternels, c'est-à-dire qui se communique lui-même à eux avec toute l'abondance des biens dont il est la source; quel moyen employer à l'égard d'une âme charnelle qui ne connaît que les affections de la chair et ne sait désirer que les biens temporels ? Tout ce que l'on peut faire à l'égard de cette âme, n'est-ce pas de lui persuader que c'est Dieu lui-même qui est pour l'homme la source de tous ces biens qu'elle aime ? Et en cela on est dans la plus rigoureuse vérité. Disons-le donc: toutes ces promesses temporelles faites au peuple juif n'avaient pas d'autre but; ce qui avait prise sur lui, c'était surtout la crainte, mais enfin ces promesses devaient peu à peu l'habituer à l'amour. Ajoutons que ces biens temporels n'étaient qu'une figure des biens éternels, comme la victoire promise sur leurs ennemis prophétisait le triomphe remporté par les élus sur le démon et ses anges.