3.
Je réponds: Ce qu’il faut admirer et célébrer avec éclat, c’est que ces évêques aient éprouvé pour l’unité un tel attachement qu’ils n’ont pas craint de se souiller en persévérant dans l’unité avec ceux-là mêmes qu’ils regardaient comme des prévaricateurs de la vérité. « On doit s’étonner», dit-il, « que parmi nous il se trouve des prévaricateurs qui prêtent main-forte aux hérétiques et combattent contre les chrétiens »; la conclusion naturelle devait être : Voilà pourquoi nous déclarons qu’on ne doit avoir avec eux aucune communication. Pourtant, au lieu de cette conclusion qui paraissait si naturelle, il émet la suivante : « Voilà pourquoi nous déclarons que l’on doit baptiser les hérétiques ». Si cette conclusion n’est pas très logique, elle prouve du moins que cet évêque partageait entièrement les intentions pacifiques de Cyprien : « Ne jugeant personne et nous abstenant avec soin de priver du droit de communion celui qui partagerait une opinion contraire». On sait que les Donatistes nous prodiguent la calomnie et vont jusqu’à nous appeler des traditeurs; or, s’il arrivait qu’un juif ou un païen prît connaissance des opinions émises dans le concile, il aurait le droit, invoquant les principes donatistes, de nous flétrir tous, catholiques et Donatistes, du nom de prévaricateurs de la vérité; et alors je voudrais savoir sur quelle base commune nous pourrions nous appuyer pour réfuter cette grave accusation.
Les Donatistes appellent traditeurs des hommes dont ils n’ont jamais pu et ne peuvent encore prouver la culpabilité; ce crime, d’ailleurs, ne pourrait-il pas leur être à plus juste titre reproché? Mais que nous importe? Contentons-nous de les regarder comme prévaricateurs, et voyons à quels titres? Ils nous flétrissent, bien à tort, sans doute, du titre de traditeurs (traîtres) , parce qu’ils nous accusent d’avoir succédé aux traditeurs dans la même communion; mais nous succédons tous à ces prévaricateurs, puisqu’à l’époque du bienheureux Cyprien, la secte de Donat ne s’était point encore séparée de l’unité. En effet, ce n’est que quarante ans après son martyre que l’on vit certains évêques livrer les saints Livres et mériter par là le nom de traditeurs. Si donc nous sommes nous-mêmes des traditeurs, parce que, disent-ils, nous descendons des traditeurs, eux et nous ne tirons-nous pas tous notre origine de ces prévaricateurs? Qu’on ne dise pas qu’il n’y eut entre les uns et les autres aucune communication, car nous voyons au contraire qu’il régnait entre eux une parfaite unité, et jusque dans le concile, Marcus peut s’écrier: « Quelques-uns d’entre nous, se rendant prévaricateurs de la vérité, prêtent main-forte aux hérétiques ». Ajoutons à cela le témoignage même de saint Cyprien, prouvant hautement qu’il était resté en communion avec ces prévaricateurs : « Ne jugeant personne », dit-il, « et nous abstenant de priver du droit de communion quiconque partage une opinion contraire ». Ceux que Marcus appelle prévaricateurs partageaient assurément une opinion contraire, puisqu’ils recevaient les hérétiques sans les baptiser, et semblaient ainsi leur prêter main-forte. Quant à la coutume alors existante de recevoir ainsi les hérétiques, Cyprien lui-même la constate dans plusieurs endroits de ses lettres, et quelques évêques, dans le concile de Carthage, y ont fait clairement allusion. Par conséquent, si les hérétiques n’ont pas le baptême, l’Eglise catholique, à cette époque, n’était pour ainsi dire formée que de prévaricateurs, qui tous prêtaient main-forte aux hérétiques en les recevant sans baptême. Défendons-nous donc en commun du crime de prévarication, qu’ils ne peuvent nier; et alors, nous catholiques, nous nous justifierons du crime de tradition contre lequel ils n’ont aucune preuve sérieuse à apporter. Supposons même que ce crime soit prouvé; ce que, Donatistes et catholiques, nous répondrons à ceux qui nous objectent la prévarication de nos ancêtres, nous le répondrons également, nous catholiques, à ceux qui nous objectent la tradition de nos ancêtres. En effet, de même que nous sommes morts par ce crime de tradition de nos ancêtres, contre lesquels ils ont fait schisme; de même, Donatistes et catholiques, nous sommes tous morts par la prévarication de ces évêques qui sont nos ancêtres à tous. Si donc, parce qu’ils se flattent de vivre, les Donatistes soutiennent que cette prévarication ne les concerne en aucune manière, nous dirons également de la tradition qu’elle ne saurait nous toucher. A les en croire, cette prévarication est certaine; tandis qu’à nos yeux il n’y a eu ni prévarication antérieure, puisque nous affirmons que les hérétiques peuvent avoir le baptême de Jésus-Christ; ni tradition postérieure, puisqu’ils n’ont jamais pu la prouver. Par conséquent, les Donatistes n’avaient aucun motif sérieux de se séparer de nous par un schisme sacrilège, car si nos ancêtres, comme nous l’affirmons, ne peuvent être accusés de tradition, nous n’avons plus à subir aucune solidarité sur ce point ; au contraire, si, comme le soutiennent les Donatistes, nos ancêtres ont été traditeurs, nous ne sommes pas plus responsables de cette tradition que nous, Donatistes et catholiques, nous ne sommes responsables de la prévarication de nos prédécesseurs réciproques. Ainsi donc, puisque nous n’avons pas à répondre de l’iniquité de nos ancêtres, les Donatistes sont responsables du schisme sacrilège qu’ils ont osé consommer.