23.
Peuvent-ils rien objecter contre les textes de la loi, des Prophètes et des psaumes, concernant la diffusion partout l'univers de cette Eglise qu'ils aiment mieux combattre dans leur perversité, que de reconnaître en sortant de leur erreur? Que peuvent-ils objecter? Que ces textes sont faux ? Qu'ils sont obscurs? Mais ils n'osent dire qu'ils sont faux. Le poids d'une pareille autorité les écrase. Ils en reconnaissent donc la vérité; mais ils prétendent qu'ils ne peuvent se réaliser. Et n'est-ce pas taxer de mensonge une prophétie, que de regarder comme impossible, l'accomplissement de ses prédictions. C'est dire en effet qu'il y a là non pas une prophétie, mais une fausse prophétie. Et si vous leur demandez pourquoi ces prophéties ne peuvent s'accomplir, ils vous répondent : « C'est que les hommes ne le veulent point. L'homme, en effet, a été créé avec le libre arbitre; et s'il le veut, il croit en Jésus-Christ; s'il ne le veut pas, il n'y croit point; s'il le veut, il persévère dans sa foi; s'il ne le veut pas, il n'y persévère point. Et c'est pourquoi, comme l'Eglise commençait à se répandre dans l'univers, les hommes n'ont point voulu persévérer, et la religion chrétienne a disparu du milieu des nations. Elle n'est demeurée que dans les sectateurs de Donat ». Est-ce que l'Esprit de Dieu ne connaissait point les volontés des hommes dans l'avenir? Qui serait assez insensé pour le nier? Pourquoi donc ne prophétisait-il pas ce que feraient un jour les volontés des hommes? Si pour être prophète il suffit de faire de semblables prédictions, libre à chacun de prophétiser; si les prédictions ne se réalisent pas, on pourra toujours répondre : « Les hommes ne l'ont pas voulu. Car les chrétiens ont le libre arbitre en partage ». C'est ainsi que l'on aurait dû prédire que le Christ mourrait, non pas sur la croix, mais par le glaive. L'effet n'aurait point suivi la prédiction; mais on aurait répondu : « En quoi me suis-je trompé? Les hommes, en vertu de leur libre-arbitre, n'ont pas voulu traiter Jésus-Christ comme je l'avais annoncé, et ils ont fait ce qu'ils ont voulu ». Ne voit-on pas que le champ est ouvert à mille prophéties de cette nature, ou plutôt ne voit-on pas que tout homme peut être prophète ? Peut-on douter que Judas, s'il l'eût voulu, n'eût point trahi le Christ; que Pierre, s'il l'eût voulu, ne l'eût point renié par trois fois? Mais la prophétie a dit vrai à leur sujet, parce que Dieu prévoit les futures volontés des hommes.