CHAPITRE XI. JOB A PRÉVU LA PASSION VOLONTAIRE DE JÉSUS-CHRIST. RAISON DE L'HUMILITÉ DANS LES HOMMES PARFAITS.
Mais quel est le sens de cette réprimande adressée à Job par un personnage qu'on comprend, d'ailleurs, être le Seigneur Jésus lui-même ? Celui-ci lui fait l'énumération des oeuvres vraiment divines de sa souveraine puissance; et c'est la base, en effet, de sa réprimande, au point qu'il semble lui dire As-tu un pouvoir comparable à celui que j'ai, de produire tant de grandes choses? Où va cette réflexion, sinon à faire comprendre au saint patriarche une vérité dont l'inspiration du ciel a dû déjà lui fournir le principe, car il savait par cette inspiration qu'un jour le Christ viendrait volontairement pour souffrir ici-bas? Et cette vérité, que c'était, pour Job, l'obligation de souffrir avec résignation tous les maux dont il était frappé, puisque Jésus-Christ, bien qu'exempt absolument de tout péché, lors même qu'il s'est fait homme pour nous; Jésus-Christ en qui, comme Dieu, réside une si incomparable puissance, n'a point refusé pourtant l'obéissance et la soumission à sa passion douloureuse. Aussi bien, Job, épuré de plus en plus de coeur et d'intention, comprit ce devoir et ajouta ces mots à son humble réponse : « Jusqu'à présent je n'ai eu que le bonheur d'entendre votre voix par mes oreilles; mais aujourd'hui, c'est mon oeil qui vous voit; aussi je me suis condamné, . j'ai desséché devant vous, je me suis regardé comme la terre et la cendre1 ». Pourquoi, à cette heure de si magnifique intelligence, Job s'est-il si sévèrement blâmé ? Ce qui lui déplaisait en lui-même, ce ne pouvait être sa nature humaine, puisqu'elle est l'ouvrage de Dieu, et qu'à son endroit l'Ecriture ose dire au Très-Haut : « Ne méprisez pas, ô mon Dieu, l'ouvrage de vos mains2 ! ». C'est donc dans cette justice même où il se reconnaissait juste humainement parlant, c'est là qu'il a trouvé de quoi se blâmer lui-même, de quoi se dessécher et se regarder comme terre et cendre; parce que son esprit contemplait la justice de ce Jésus-Christ, qu'aucun péché n'a pu atteindre, non-seulement dans sa divinité, mais même dans son âme ni dans sa chair. Voilà cette justice qui vient de Dieu, et à laquelle saint Paul a comparé sa propre justice selon la loi, réprouvant cette vertu légale, quoique irréprochable humainement, et la regardant, non pas seulement comme un détriment, mais comme ordure et fumier3.