16.
On insiste : « Mais si le baptême purifie l'homme de cette faute antique, celui qui est né de deux baptisés doit être exempt d'un péché semblable. Les parents n'ont pas pu transmettre à leurs descendants ce qu'eux-mêmes n'avaient désormais plus absolument ». Telle est bien, hélas ! la source qui produit et grossit le plus souvent l'erreur : certains hommes sont trop capables d'interroger sur des points qu'ils sont d'ailleurs incapables de comprendre. Quel sera, en effet, ici, mon auditeur? Et quel langage devrai-je ici employer? Car il s'agit d'expliquer comment un principe vicieux, un germe de mort ne peut plus nuire à des hommes qui ont reçu des germes tout différents, des principes d'immortalité ; tandis que si ces hommes donnent la vie d'après ces mêmes principes vicieux dont eux-mêmes ne peuvent plus souffrir, le germe de mort reprend son empire sur les enfants ainsi engendrés. Comment faire comprendre .ces choses si profondes à tel homme dont l'esprit déjà quelque peu lourd, est encore enchaîné d'ailleurs par le préjugé de son opinion personnelle et par l'entêtement invincible de son orgueil ?
Je l'avouerai toutefois: si la cause que je défends, j'avais à la plaider contre ceux qui condamnent absolument le baptême des petits enfants ou qui prétendent que le baptême est pour eux chose inutile, sous prétexte que les enfants nés de parents fidèles héritent nécessairement du mérité et de la grâce de leurs père et mère, alors j'aurais à déployer peut-être plus de travail et de peine pour réduire au silence une pareille opinion. Et supposé qu'à raison de l'obscurité naturelle et nécessaire de ces problèmes, comme aussi à cause de l'intelligence paresseuse ou disputeuse de mes adversaires, il me fût difficile de réfuter l'erreur et de persuader la vérité, je pourrais invoquer, du moins, des comparaisons usuelles et des exemples à la portée de tous; ainsi je leur poserais cette question à mon tour puisque vous êtes surpris à l'idée qu'un péché,effacé par le baptême se continue néanmoins, dans les enfants de gens baptisés, expliquez-moi vous-mêmes comment le prépuce retranché par la circoncision se continue dans les enfants de gens circoncis? Comment encore la paille, que le travail de l'homme sépare si soigneusement du bon grain, se continue dans le fruit que produit le froment ainsi purifié ?