Chapitre XCVIII.
C est ainsi que les enfants de notre race furent punis à cause de notre corruption et de nos apostasies, et qu'on les moissonna en un clin d'œil. Mais bien plus que cela, ils périssaient pour expier les crimes des rebelles, et, emmenés de force par les infidèles, ils souffrirent des supplices épouvantables et des tourments affreux, pour avoir le moyen de se procurer une nourriture qu'ils ne trouvaient plus (dans leur pays), et ils firent redoubler les châtiments cruels qui tombaient sur notre nation et sur eux. Quelques-uns étaient frappés par derrière avec des bâtons ; il y en avait d'autres à qui on enfonçait des dards de bois dans le corps ; d'autres à qui on mettait des cendres à demi-brûlantes sur le corps, ou bien à qui on enveloppait la tête avec ces cendres. À d'autres on attachait les membres derrière le corps avec de fortes chaînes de fer ; puis, au moyen d'un trou, on les suspendait en l'air, jusqu'à ce qu'ils fussent déchirés et qu'ils rendissent le dernier soupir. Sur un grand nombre il y en avait bien peu qui pussent échapper. Non seulement on éprouvait cela des ennemis, mais encore des proches, des amis, de ceux que l'on connaissait ; les villes semblaient être environnées d'une tempête affreuse ; une nuit pleine de mort était répandue sur les bourgs et les villages ; les cadavres étaient entassés dans la place publique et les marchés. On donnait à tous ceux qui regardaient un spectacle épouvantable d'infamie, tandis qu'on aurait pu ensevelir les morts ; ceux-ci étaient la proie des animaux carnassiers et des oiseaux du ciel, qui se nourrissent de cadavres. La coutume d'abandonner ainsi les cadavres aux bêtes féroces fut cause que les loups se multiplièrent extrêmement et dévastèrent tout le pays. Ensuite, à la place de ces monceaux de corps inanimés, on ne voyait plus que des hommes qui aimaient la vie, mais qui étaient comme des bêtes sans raison, dont la bouche n'avait plus de force, et qui ne pouvaient manger que des choses moulues. Quand au milieu des morts on était occupé à les enlever, les bêtes féroces accoururent de toutes parts. On restait abattu comme dans la langueur des péchés, et les innocents étaient enveloppés dans le même brouillard, parce que les étrangers occupaient tout le pays ; mais à la fin, cependant, on vit arriver le terme de ces jours de punition et d'une sévère et rigoureuse vengeance.
