5.
Quelqu’un m’objectera peut-être qu’il ne comprend pas comment il peut se faire que les Donatistes, possédant le baptême véritable, ne puissent le conférer légitimement. Tout d’abord je lui fais remarquer qu’en appliquant à leur collation du baptême la note d’illégitimité, nous ne faisons contre eux que ce qu’ils font eux-mêmes contre ceux qui se sont séparés de leur secte. Je lui propose également comme terme de comparaison ce qui constitue les insignes propres de la milice; en dehors de la milice, ces insignes peuvent être portées et conférées par les déserteurs; et cependant, quoique ces déserteurs n’aient le droit ni de les porter ni de les conférer, on ne laisse pas de les conserver à celui qui rentre librement dans les rangs de l’armée. D’un autre côté, tout autre est la condition de ceux qui, par imprudence, s’affilient à une secte hérétique, la prenant pour l’Eglise catholique, et tout autre la condition de ceux qui savent qu’il n’y a d’Eglise catholique que celle qui, réalisant en elle-même les prophéties, étend ses rameaux jusqu’aux confins de la terre, croît au sein de la zizanie, et, affligée des scandales qui l’entourent, aspire après le repos éternel et s’écrie avec le Psalmiste : « J’ai crié vers vous des confins de la terre; quand mon âme languissait sous le poids de la douleur, vous m’avez exalté sur la pierre ». Cette pierre, c’est Jésus-Christ, en qui, selon l’Apôtre, nous sommes ressuscités et glorifiés (Eph. II, 6), non pas encore en réalité, mais en espérance. De là ces autres paroles du Psalmiste : « Vous m’avez retiré de l’abîme, parce que vous vous êtes fait mon espérance, ma force et mon soutien contre la fureur de mon ennemi Ps. LX, 3,4) ». En effet, appuyés sur ces promesses divines comme sur une tour inexpugnable, non-seulement nous n’avons rien à craindre, mais nous pouvons repousser victorieusement les assauts de cet ennemi qui revêt ses loups de la peau des brebis (Matt., VII, 15 ), et leur fait crier partout: « Le Christ est ici, le Christ est là (Id. XXXIV, 23) ». A l’aide de ces séductions, ces loups cruels finissent par arracher à la cité universelle, fondée sur la montagne, un grand nombre de ses habitants, qu’ils étouffent et dévorent dans les étreintes de leur rage. Et des hommes qui savent ce qui les attend, osent encore recevoir le baptême de Jésus-Christ, en dehors de la communion de l’unité du corps de Jésus-Christ, sauf à rentrer ensuite dans cette communion avec le baptême qu’ils auront reçu dans le schisme? Ils auront sans doute le baptême de Jésus-Christ, mais ne savent-ils pas qu’ils se posent en adversaires de l’Eglise de Jésus-Christ, le jour même où le baptême leur est conféré? N’est-ce pas le plus grand des crimes? et des hommes auraient l’audace de dire: Qu’il me soit permis de commettre ce crime, ne fût-ce que pour un seul jour? S’il doit entrer dans l’Eglise catholique, je demande pour quelle raison? Parce que, me répondront-ils, c’est un crime d’appartenir à la secte de Donat et d’être séparé de l’unité catholique. Par conséquent, autant vous passez de jours dans cette secte mauvaise, autant de jours vous passez dans le mal. On pourra dire, sans doute, que le mal s’accroît avec le nombre des jours, et qu’il diminue dans la même proportion, selon le petit nombre des jours; pourtant, vous n’irez pas jusqu’à dire qu’il n’y a aucun mal. Or, quel besoin vous presse donc de commettre ce mal, ne fût-ce que pour un jour, ne fût-ce que pour une heure? Celui qui éprouverait ce besoin pourrait tout aussi bien demander à l’Eglise, et voire même à Dieu, la permission d’apostasier, ne fût-ce que pour un jour. S’il ne craint pas d’être hérétique ou schismatique pour un jour, pourquoi craindrait-il d’être apostat pour un jour? Je cherche, mais en vain, la raison de cette différence.