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Ainsi donc les saintes Ecritures nous montrent l'Eglise commençant par Jérusalem et se développant à travers les autres nations pour se les assujétir toutes avant la fin des siècles ; elles nous parlent non-seulement du froment, mais aussi des mauvais grains qui s'y trouvent mêlés. Donc, ô Donatistes, revenez de vos erreurs, mettez-vous en communion avec le bon grain, et vous verrez ensuite les reproches qu'il faut adresser à l'ivraie et à la paille. Autrement vous donnerez aux méchants les éloges que méritent les bons, et vous accablerez les bons des reproches qu'il fallait réserver pour les méchants. Quel égarement monstrueux ! Nous en avons les preuves entre les mains: vos ancêtres, les auteurs de votre schisme, ont livré aux flammes les livres saints. Les actes municipaux le témoignent ; et ils n'ont pu le nier, comme on le voit par les actes ecclésiastiques. Ces mêmes traditeurs siégèrent parmi les juges qui, à Carthage, ont condamné Cécilien et ses collègues absents. Oui, dans les actes municipaux et ecclésiastiques on lit les noms des « traditeurs u, que vous citez vous-mêmes comme ayant condamné des traditeurs absents. A cette époque, votre diacre Nundinarius révéla au consul Zénophile tous les marchés de Lucille qui avait acheté des évêques la condamnation de Cécilien devenu son ennemi pour avoir dit la vérité. Les évêques écrivirent à l'empereur Constantin, qui, sur leur demande, nomma des évêques pour juger cette cause. Les Donatistes ne se rendirent pas à la sentence prononcée par ces juges et les accusèrent d'injustice auprès du prince. D'autres furent désignés et se rassemblèrent- à Arles. On en appela de leur tribunal à celui de l'empereur lui-même. L'empereur les entendit les uns après les autres, ils furent convaincus de calomnie et condamnés ; leur fureur ne se calma point. La sainteté de la religion a été détruite, prétendez-vous, dans toutes ces nations où les Apôtres l'avaient affermie, et la raison en est qu'elles sont demeurées en communion avec ceux que vos ancêtres ont condamnés par la sentence de soixante-dix évêques au concile de Carthage. Mais n'êtes-vous pas aussi en communion avec ceux que vous avez condamnés avec Maximien au concile de Bagaium, où vous étiez au nombre de trois cents? Ne lit-on pas dans les Actes du concile la condamnation de Prétextat d'Assurita, et les actes proconsulaires ne témoignent-ils pas qu'il fut accusé et poursuivi par vous? Cependant, malgré cette condamnation il conserva sa dignité, et il mourut dans votre communion. Et Félicien de Mustitanum ne fut-il pas de la même manière, pour la même cause, dans le même concile, condamné par les évêques, poursuivi auprès des juges, et néanmoins reçu ensuite parmi vous, pour y vivre comme évêque ? Ceux que ces évêques ont baptisés après leur condamnation ne sont-ils pas encore en communion avec vous sans qu'on leur ait donné un second baptême Sans doute, toutes ces églises au-delà des mers fondées par les Apôtres perdent le salut et cessent d'être chrétiennes, pour avoir été en communion avec des hommes qui n'avaient été ni accusés chez elles, ni condamnés par elles, et dont ensuite il avaient appris la justification et l'absolution ? mais le parti de Donat condamne qui bon lui semble, et exagère le sacrilège du schisme, au point d'oser comparer ceux qu'il condamne aux scélérats que la terre a engloutis vivants ; ou bien, il Teste en communion avec eux, si cela lui plait, il les maintient dans leurs dignités; et néanmoins il reste saint et parfaitement pur ! O règles du droit numide ! O privilèges de Bagaium ! Le baptême du Christ disparaît de ceux qui l'ont reçu dans les Eglises apostoliques ; mais il conserve toute sa vertu dans ceux qui ont été baptisés par Prétextat et Félicien, « ces sacrilèges condamnés », selon le texte du concile de Bagaium ; non pas parce que c'est le baptême du Christ, mais parce qu'il a été donné par ces évêques qui ont mérité de rester évêques soit en se séparant de leurs juges, soit en se réunissant à eux.