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Lorsque l'homme devient spirituel, il découvre donc les erreurs des hérétiques, les juge à fond et distingue, en les entendant ou en les lisant, ce qui s'éloigne de ta règle de la vérité mais tant qu'il n'est pas arrivé à la perfection de la vie spirituelle, tant que l'herbe en quelque sorte n'a pas donné son fruit, il peut se demander avec surprise pourquoi le nom de chrétien couvre tant de faussetés hérétiques C'est pourquoi les serviteurs disent au maître : « N'avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? » Puis, quand il connaîtra que le démon est l'auteur de cette supercherie, parce qu'il savait toute son impuissance contre l'autorité attachée au nom chrétien, et la nécessité par conséquent pour lui de cacher ses ruses sous le..voile de ce nom auguste, la pensée pourra lui venir d'exterminer de tels hommes, s'il en a le, pouvoir ; mais en a-t-il le droit? Il demande à la justice de Dieu si elle lui en fait un ordre, ou si elle le lui permet, et si telle est sa volonté, que les hommes remplissent cette mission: de là cette question des serviteurs : « Voulez-vous que. nous allions arracher l'ivraie? » Or, la Vérité même leur répond que l'homme n'est pas dans une condition telle en cette vie, qu'on puisse savoir avec certitude ce que sera dans la suite celui dont nous voyons présentement l'erreur, ni le profit que son erreur peut apporter aux bons ; qu'il ne faut pas les arracher de cette vie de peur qu'en s'efforçant d'exterminer les méchants, on n'extermine les bons, parce qu'ils le seront peut-être un jour; ou de peur qu'on ne nuise aux bons,à qui peut-être ils sont utiles malgré eux. Un temps viendra où cela se fera d'une manière opportune : c'est lorsqu'il ne leur restera plus un moment pour changer de vie, ou que l'occasion et le contraste de leur erreurs ne serviront plus pour amener à la vérité ; et alors ce n'est pas les hommes, mais les Anges.qui recevront l'ordre d'agir. De là vient que le père de famille fait cette réponse : « Non, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le bon grain: mais au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs » etc. C'est ainsi que Dieu leur inspire une patience et une tranquillité parfaites.