11.
Nous lisons dans le Lévitique que Dieu commanda à Moïse de laver Aaron et ses enfants; car dès ce temps-là les mystères du baptême étaient les signes de la purification du monde et de la sanctification de toutes choses. Ils ne furent vêtus qu'après avoir été nettoyés de toutes les souillures, et ne reçurent les habits sacerdotaux, pour servir dans le sacrifice, que lorsque, étant régénérés, ils eurent pris une nouvelle naissance en Jésus-Christ; car on ne met pas du vin nouveau dans de vieux vaisseaux. Moïse qui les faisait laver représente la loi. «Ils ont, dit l’Evangile, Moïse et les prophètes: qu'ils les écoutent;» et ailleurs : « Tous les hommes, depuis Adam jusqu'à Moïse, ont péché.» Il faut, à leur exemple, que nous soyons lavés et purifiés par l'observation des commandements de Dieu, afin que, nous étant dépouillés des habits du vieil homme, nous soyons revêtus d'une robe de lin, où il n'y a rien de la mort, mais qui est toute blanche, et que sortant ainsi du baptême, nous nous mettions sur les reins la ceinture de la vérité et cachions la laideur de nos vieux péchés. C'est ce qui a fait dire à David : «Bienheureux sont ceux à qui les iniquités ont été pardonnées, et de qui les péchés sont cachés! »
Après les caleçons et la tunique de lin nous prenons la robe d'hyacinthe, c'est-à-dire ;que nous commençons à quitter la terre pour nous avancer vers le ciel. Cette robe, que les Septante appellent: chemisette, était seulement à l'usage du grand prêtre; ce qui marque que la connaissance des choses relevées n'est pas accordée à tout le monde, mais seulement aux plus avancés dans la vertu et à ceux qui sont parfaits. Elle a été portée par Moïse, par Aaron, par les prophètes, et par tous ceux à qui ces paroles ont été adressées. «Montez sur la montagne, vous tous qui enseignez la parole de Dieu en Sion. » Il ne nous suffit pas d'avoir effacé par le baptême nos vieux péchés, et d'avoir conservé la grâce et les lumières intérieures que nous y avons réelles, si nous n'y ajoutons les bonnes œuvres. C'est pourquoi on prend encore l'éphod, ou le manteau, que l'on attache au rational afin qu'il soit ferme, et qu'étant joints l'un à l'autre, ils se servent mutuellement à se soutenir; car la raison a besoin de bonnes œuvres et les bonnes œuvres de la raison, afin que celles-là exécutent ce que l'autre a conçu.
Les deux pierres précieuses attachées sur les épaules du manteau sont ou la ligure de Jésus-Christ et de l'Église, les douze prophètes qui y étaient gravés représentant les douze apôtres qui ont prêché l'Evangile , ou la figure de la « lettre » et de « l'esprit, » qui renferme tous les mystères de la loi, l’esprit étant sur l'épaule droite et la lettre sur la gauche. En effet, des lettres nous venons aux paroles et des paroles nous arrivons au sens.
Certes, l'ordre et la disposition de ces habillements étaient admirables, et ils formaient un tableau achevé de nos mystères. Les bonnes œuvres étaient sur les épaules, qui tiennent aux bras, et la raison sur la poitrine ; et de là vient encore que dans les sacrifices on donnait la poitrine des victimes aux prêtres pour leur nourriture. Le rational peut être considéré en deux manières : à son endroit et à son envers, c'est-à-dire par ce qui paraît à nos yeux et par les mystères qui y sont contenus. Il y a douze pierres en quatre rangs, que je crois être l'image des quatre premières vertus : la prudence, la force, la justice et la tempérance, qui sont comme enchaînées l'une avec l'autre; de sorte qu'étant multipliées par trois ou par quatre, elles font le nombre de douze. Ces quatre rangs de pierre peuvent encore être exquis, par les quatre animaux. de l'Apocalypse, pleins d'yeux devant et derrière, et lui éclairent le monde de la lumière de Jésus-Christ dont ils sont resplendissants, tous les quatre se rencontrant dans un seul et chacun dans tous les quatre. C'est ce qui a donné lieu à quelques-uns de croire que ces deux mots grecs delocis et aleteia, dont l'un signifie : éclaircissement, ou : doctrine, et l'autre : vérité, étaient écrits sur le rational. En effet, quand on est revêtu des habillements que j'ai indiqués, c'est une conséquence qu'il faut que les vérités dont notre cœur est plein sortent par notre bouche pour l'instruction des autres. Ainsi le mot de «vérité,» c'est-à-dire : science, était écrit surie rational, afin que le souverain pontife se souvînt qu'il devait être savant pour pouvoir parler, et celui « d'éclaircissement, » afin qu'il éclairât le peuple et qu'il lui enseignât ce qu'il avait appris. Que répondront à cela ceux qui soutiennent que l'innocence de la vie peut suffire à un prêtre? L'ancienne loi est conforme sur ce sujet à la nouvelle, et Moïse dit la même chose que l'apôtre : l'un fait servir le mot de « science» à l'embellissement des habits de ses prêtres, et l'autre instruit Timothée et Tite de ce qu'ils doivent apprendre au peuple.