2.
Si nous portons le nom de fidèles, ce n'est pas seulement à cause de notre foi, c'est parce que Dieu nous a confié des mystères qui n'ont pas même été connus des anges avant nous. Mais Paul parle ici sans distinguer. « Nous « rendons grâces à Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Il a l'air de tout rapporter au Père , pour ne pas les offenser d'abord. « Et nous le prions sans cesse pour vous ». Non-seulement son action de grâces, mais encore cette oraison perpétuelle montre sa tendresse pour ces hommes qu'il avait toujours devant les yeux sans les avoir vus jamais. « Depuis que nous avons appris quelle est votre foi en Jésus-Christ (4) ». Plus haut il a dit : « Notre-Seigneur »; ici il dit : « Jésus-Christ ». C'est lui qui est Notre-Seigneur, dit-il ; mais il ne prononce pas le mot « d'esclaves » du Christ; titre qui est pourtant le symbole de sa bonté pour nous : car c'est lui, dit l'évangéliste, qui délivrera son peuple du péché. (Matth. I, 21.) « Depuis que nous avons appris quelle est votre foi en Jésus-Christ et votre charité envers tous les saints». Il se concilie ses auditeurs et cherche à gagner leur bienveillance. C'est Epaphrodite qui lui a appris ce qu'il dit, et il envoie sa lettre par Tychique, en retenant Epaphrodite auprès de lui. « Et votre charité envers tous les saints ». Non pas envers tel ou tel, mais envers nous aussi. — « Dans l'espérance des biens qui vous sont réservés dans le ciel (5) ». II est question des biens à venir. C'est un rempart qu'il leur donne contre les tentations, afin qu'ils ne cherchent pas ici-bas le repos et la tranquillité. Il ne fallait pas qu'on pût dire : Et que leur sert leur charité envers les saints, au milieu de leurs angoisses et de leurs douleurs? Voilà pourquoi il s'écrie : Nous nous réjouissons à la vue des grandes et splendides récompenses que vous vous préparez dans le ciel. « Dans l'espérance des biens qui vous sont réservés », dit-il. C'est une récompense assurée qu'il leur fait entrevoir. « Dont vous avez déjà reçu la connaissance par la parole véritable de l'Evangile (3) ». C'est ici une expression de blâme. Cette parole, ils l'ont observée (103) longtemps et ont fini par la négliger. « Dont vous avez déjà reçu la connaissance par la parole véritable de l'Evangile ». Il rend ici témoignage à la vérité évangélique et il a raison; car l'Evangile, c'est la vérité pure. — « De l'Evangile ». Il ne dit pas : « De la prédication », mais il appelle l'Evangile en témoignage, leur rappelant sans cesse les bienfaits de Dieu ; il a commencé par leur donner des éloges; puis il leur remet les bienfaits de Dieu en mémoire.
« Qui subsiste chez vous comme dans le monde entier (6) » : ce sont encore là des paroles flatteuses. « Qui subsiste » est une expression métaphorique. L'Evangile n'est point parvenu jusqu'à eux pour disparaître; l'Evangile demeure et subsiste parmi eux. Puis, comme rien n'est plus capable d'affermir la croyance que d'avoir beaucoup de gens qui la partagent, il ajoute : « Comme dans le monde entier». L'Evangile est partout, dit-il, partout il domine et règne. « Dans le monde entier il fructifie et croit, ainsi qu'il a fait parmi vous ». Il fructifie par ses oeuvres; il croît par les prosélytes qu'il fait, par les profondes raisons qu'il jette de tous côtés. Car les plantes aussi deviennent touffues, quand elles deviennent robustes. « Ainsi qu'il a fait parmi vous ». Il s'empare d'abord par la louange de l'âme de ses auditeurs, pour qu'ils ne s'éloignent de lui qu'à regret. « Du jour où vous a avez entendu ». Ce qu'il y a d'admirable, c'est la rapidité avec laquelle vous êtes arrivés à la lumière , avec laquelle vous avez cru, avec laquelle vous avez porté des fruits. « Du jour où vous avez connu et entendu la grâce de Dieu, selon la vérité ». Ce n'est point par des discours, par des effets illusoires, c'est par des actes que vous l'avez connu. Voilà ce que signifie le mot : « L'Evangile fructifie ». Vous avez accueilli les signes et les miracles, et vous avez connu la grâce de Dieu. Puisqu'il vous a montré tout d'abord sa puissance, comment feriez-vous pour ne pas croire en lui? « Comme vous en avez été instruit par notre très-cher Epaphras, notre compagnon dans le service de Dieu (7) ». Il est vraisemblable que cet Epaphras avait prêché à Colosses : vous avez appris de lui l'Evangile, dit saint Paul. Puis, pour montrer que c'est là un maître digne de foi, l'apôtre dit : « Qui est un fidèle ministre de Jésus-Christ, pour le bien de vos âmes ».
« Et de qui nous avons appris aussi votre charité toute spirituelle (8) ». Ne doutez pas, dit-il, des biens à venir. Vous voyez que le monde change de face. Qu'est-il besoin de vous dire ce qui se passe chez les nations étrangères? Sans parler de ces événements, ce qui se passe chez vous est bien digne de foi. « Vous avez connu », dit-il, « la grâce de Dieu par la vérité », c'est-à-dire, par les faits. Il y a donc deux motifs bien propres à raffermir votre espérance des biens à venir : c'est la croyance universelle, c'est votre propre croyance, et les faits sont d'accord avec les paroles d'Epaphras. « Qui est un fidèle » ministre, dit-il, c'est-à-dire, un ministre véridique. « Qui est un fidèle maître, pour le bien de vos âmes », c'est-à-dire, qui est venu à nous et « de qui nous avons appris votre charité toute spirituelle pour nous ». S'il est le ministre du Christ, pourquoi dites-vous que vous êtes amenés et gagnés à Dieu par le ministère des anges? — « De qui nous avons appris aussi votre charité toute spirituelle pour nous ». Voilà une admirable charité, une charité ferme et stable. Les autres espèces de charité n'en ont que le nom. Il y en a quelques-unes de ce genre. Mais ce n'est pas là de l'amitié. Aussi un semblable attachement est-il loin d'être indissoluble.
