13.
Il y a quelques années vivait à Rome un certain Jovinien qui, dit-on, persuada le mariage à des vierges consacrées, d'un âge déjà bien mûr cependant; ce ne fut pas, d'ailleurs, en engageant quelqu'une d'entre elles à accepter à son égard le titre d'épouse ; ce fut simplement- en soutenant que les vierges vouées à leur saint état de chasteté n'avaient pas plus de mérite devant Dieu que les fidèles mariés. Et toutefois, il ne lui vint jamais à l'esprit d'essayer de prétendre que les enfants des hommes naissent exempts du péché originel; une telle doctrine, s'il pouvait l'établir, déciderait cependant bien mieux les femmes au mariage, puisqu'elle leur promettrait d'enfanter des fruits si purs et si parfaits. Or, les écrits de cet homme, car il a osé écrire, ont été envoyés par nos frères à Jérôme, pour qu'il les réfutât ; et Jérôme, non-seulement n'y a pas découvert la doctrine dont nous parlons, mais même pour réfuter les vaines objections du sectaire, il s'est appuyé sur le dogme du péché originel, comme sur une vérité très-certaine, et qu'il supposait telle, sans doute, aux, yeux mêmes de son adversaire. Voici, entre mainte autre argumentation, celle dont il s'agit pour le moment, en toutes lettres1 :
« Celui qui prétend demeurer en Jésus-Christ, doit marcher comme Jésus a marché lui-même2. Que l'adversaire choisisse ici sa position: de l'une comme de l'autre nous lui donnons le choix. Demeure-t-il en Jésus-Christ ou n'y demeure-t-il pas? S'il y demeure, alors qu'il marche comme Jésus-Christ. Si, au contraire, il y a témérité à promettre une ressemblance parfaite avec les vertus du Seigneur, alors il ne demeure pas en Jésus-Christ. Le Christ n'a point fait de péché, et le mensonge ne s'est point trouvé sur ses lèvres; quand on le maudissait, il n'a point rendu la malédiction, et semblable à l'agneau devant celui qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche3. Contre lui est venu le prince de ce monde, mais il n'a rien trouvé en lui4 ; bien qu'il n'ait point commis de péché, Dieu pour nous l'a fait le péché même5. Et nous, au contraire, selon l'épître de saint Jacques, nous péchons tous en bien des choses6 ; et personne n'est pur de péché, pas même celui dont la vie n'est que d'un jour7. Car, quel homme se vantera d'avoir un coeur chaste, ou qui aura confiance d'être pur de péchés8? Oui, nous sommes tous des coupables, enchaînés par ressemblance dans la prévarication d'Adam. Aussi David s'écrie: Voici que j'ai été conçu dans les iniquités, et que ma mère m'a conçu dans les péchés9 ».