1. Des effets de la colère.
La colère est le quatrième vice que nous avons à combattre, et dont nous devons arracher de nos âmes la racine empoisonnée. Tant que cette passion est maîtresse de notre coeur, et qu'elle obscurcit de ses épaisses ténèbres notre regard intérieur, nous ne pouvons acquérir la clarté du discernement et arriver à la vraie contemplation ; nous ne pouvons posséder la maturité du conseil , participer à la vie, conserver longtemps la justice, et nous rendre dignes des lumières de la grâce, « parce que, dit David, notre oeil est troublé par la colère. » (Ps. XXX, 10.) Quelque sages que nous paraissions aux yeux des hommes , nous n'avons pas la sagesse, parce que « la colère repose dans le sein des insensés. » (Ecclés., VII, 10.)
Et jamais nous ne pourrons mériter la vie éternelle, quand même tous les hommes nous jugeraient prudents, parce que « la colère perd même les prudents. » (Prov., XV, Sept.) Nous aurions beau être regardés comme de grands saints par tout le monde, nous ne pourrions suivre dans notre coeur les voies de la justice, parce que « la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu. » (S. Jacq., I, 20.) Quelle que soit la noblesse de notre naissance, nous n'aurons jamais cette honnêteté, cette gravité qui est familière , même aux gens du monde , parce que « l'homme colère est malhonnête. » (Prov., XI, Sept.) Nous ne pourrons acquérir la maturité du conseil, quoique nous paraissions graves et pleins de science, parce que « l'homme colère agit sans conseil. » (Ibid., XIV.) Et lors même qu'on ne nous causerait aucun tort, aucune inquiétude, nous ne serions pas à l'abri des tempêtes, et nous n'éviterions pas le péché, parce que « l'homme irrité enfante les querelles, et l'homme colère déterre le péché. » (Prov., XV, 18.)
