12.
Mais l'ordre qui s'observait en mettant les habits des prêtres de Moïse étant remarquable entre autres choses, examinons ce qu’en dit le Lévitique. On ne prenait pas le rational et ensuite le manteau, mais le manteau le premier et ensuite le rational. «Je suis devenu intelligent, dit David, en exécutant vos commandements. » Appliquons-nous d'abord à instruire les autres par nos propres actions, de peur que l'autorité de la vérité, n'étant pas soutenue des bonnes œuvres, elle ne fasse aucune impression sur leurs esprits. « Semez des actions de justice, » dit le prophète Osée, « moissonnez les fruits de vie, et éclairez des lumières de votre science, » comme s'il disait: Que vos bonnes actions d'abord vous soient comme les semences de la vie éternelle, dont vous puissiez moissonner les fruits, et puis enseignez les autres. Ce n'est pas être arrivé au souverain degré de la perfection que d'avoir mis le manteau et le rational: il faut les unir et les attacher étroitement l'un à l’autre, de sorte que les actions répondent à la science et la science aux actions, et qu'elles soient suivies de la vérité et de l'éclaircissement que nous devons donner aux autres.
Si j'avais le temps de vous entretenir des quatre éléments dont je ne vous ai parlé ci-dessus qu'en passant, des deux émeraudes ou sardoines, et des douze pierres précieuses du rational, je vous expliquerais la nature et les qualités de tout cela en particulier, et vous apprendrais pour quelles raisons les habits des prêtres en étaient enrichis, vous faisant voir plus au long comment et à quelle vertu chacune de ces choses répond; mais il suffit que le saint évêque Épiphane ait composé sur ce sujet un livre admirable; car si vous prenez la peine de le lire, vous y trouverez de quoi vous instruire à fond sur cette matières Pour moi, je m'aperçois que je passe les bornes ordinaires d'une lettre; toutes mes tablettes étant déjà remplies. C'est pourquoi je viens a ce qui reste et dont je n'ai rien dit, afin de finir ce discours.
Une lame d'or sur laquelle est gravé le nom de « Dieu, » brille au front du grand prêtre; car il nous est inutile de connaître toutes choses, si toutes nos connaissances ne sont comme couronnées de la connaissance de Dieu. Nous prenons des habillements de lin et de couleur d'hyacinthe; nous nous ceignons d'une ceinture, les bonnes couvres nous sont marquées par le manteau sur les épaules, nous couvrons notre poitrine du rational, nous sommes éclairés par la vérité, et nous enseignons aux autres ce que nous savons; mais tout cela ne peut nous rendre parfaits si nous n'avons un guide capable de nous gouverner et si celui qui nous a créés ne veille lui-même sur notre conduite. Ce qui était autrefois figuré par la lame d'or nous est aujourd'hui représenté par le signe de la croix, et le sang de l’Evangile est beaucoup plus précieux que l’or de l’ancienne loi. Les élus même d'autrefois, selon ce que dit Ezéchiel, n'étaient marqués au front qu'avec douleur, et nous chantons aujourd’hui avec le prophète : « Seigneur, la lumière de votre visage luit sur nous. »
Au reste, nous lisons dans l'Exode, en deux endroits, que Dieu commanda à Moïse de faire huit sortes d'habillements aux grands prêtres, ce qui fut exécuté; et cependant le Lévitique ne fait mention que de sept qui servirent à Aaron. Il n'y est pas parlé des caleçons, car je crois que la foi n'a pas de rapport avec ce que nous devons cacher , et il faut que nous mettions nous-mêmes un voile sur ce qui doit rester secret, ne le découvrant qu'à Dieu qui est le seul juge de notre pureté. En effet les autres peuvent connaître notre sagesse, notre force, notre justice , notre tempérance, notre humilité, notre douceur et nos autres vertus; mais la connaissance de notre chasteté est réservée à notre seule conscience dans laquelle les yeux des hommes ne pénètrent point, à moins qu'à l'exemple des animaux nous nous abandonnions publiquement aux plaisirs et aux crimes. De là vient que saint Paul a dit : « Quant aux vierges, je n'ai pas reçu de commandement du Seigneur qui oblige à la virginité ; » et il semble que, n'ayant rien dit des caleçons dans le Lévitique, Moïse ait voulu parler de la sorte : « Je n’ordonne pas de prendre les caleçons, et ne contrains personne de le faire que celui qui désire d'être prêtre les prenne lui-même. » Combien y en aura-t-il de ceux qui passent pour vierges dans le monde dont la chasteté sera condamnée au jour du jugement! et combien y aura-t-il de ceux dont on déchire aujourd'hui la réputation qui recevront de celui qui connaît leur innocence la couronne due à leur pureté ! Il faut donc que nous pressions nous-mêmes les caleçons; que, sans y appeler l’attention des autres, nous cachions nous-mêmes ce qui ne doit pas être découvert. C'est pourquoi tenons nos défauts secrets de telle sorte qu'ils ne soient aperçus de qui que et soit, de peur que nous ne mourions de la mort éternelle s'il en paraît quelqu'un quand nous entrerons dans le sanctuaire.