54.
Que Pélage écoute enfin ces paroles du vénérable évêque de Milan, dans son commentaire d'Isaïe: « Personne», dit-il, «ne peut être sans péché dans ce monde ». « Dans ce monde », dit saint Ambroise ; ce n'est assurément pas de l'amour de ce monde qu'il parle ici. Ne parlait-il pas de l'Apôtre qui a dit : « Notre conversation est dans le ciel1 ? » Telle est donc la pensée que le saint évêque développait par ces paroles: «L'Apôtre admet que, dans ce monde, beaucoup comme lui sont parfaits, mais s'il s'agit de la perfection véritable, quelle distance encore les en sépare ! Cet Apôtre n'a-t-il pas dit : Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir et en énigme; mais alors nous verrons face à face ; je ne connais maintenant que d'une manière imparfaite, mais alors je connaîtrai, comme je suis connu moi-même2 ? Ainsi donc il en est qui sont sans tache dans ce monde et qui le seront également dans le royaume de Dieu; cependant, si l'on veut y regarder de plus près, on reconnaîtra que personne ne saurait être sans tache, puisque personne n'est sans péché ». Nous connaissons maintenant sur quel témoignage de saint Ambroise Pélage a prétendu appuyer son erreur. Ou bien, ce témoignage ne doit pas être pris dans un sens absolu, mais seulement probable, et en dehors d'un examen plus approfondi; ou bien; supposé que saint Ambroise ait d'abord attribué à Zacharie et à Elisabeth une justice parfaite qui ne laissât plus rien à désirer, alors on devra dire qu'une étude plus sérieuse du sujet a changé ses convictions sur ce point.