Chapitre XXIII.
Dans ce temps-là il arriva inopinément, pendant la nuit, dans la ville de Tovin, un violent et terrible tremblement de terre. Les habitants ressentirent un grand nombre de mouvements, d'agitations, de tremblements et de secousses. La ville fut détruite de fond en comble, et l'enceinte des murs s'écroula entièrement, aussi bien que le palais des princes, les maisons des paysans, et de la même façon qu'on voit tomber les pierres du haut des montagnes. L'église divine, qui servait de résidence au patriarche, et les autres monuments solides furent renversés et ruinés de fond en comble. Ceux qui regardaient ne voyaient plus qu'un immense amas de décombres terrible à contempler. Une grande quantité de personnes furent étouffées, écrasées, englouties dans la terre. Il y avait une multitude de cadavres aussi durs que la pierre. Il était impossible dans ce moment de pouvoir posséder les facultés de son esprit. Ce triste événement causa bien des larmes, des pleurs et des gémissements. Je laisse à dire le détail de tout cela à ceux qui sont dignes de pitié, à ceux qui étaient liés par la nature aux. hommes qui périrent. Les lamentations, les gémissements, les soupirs, les cris, les clameurs, les hurlements, les douleurs amères des femmes, des vierges, des parents, des épouses, des maris, qui étaient plongés dans le plus grand désespoir et le plus cruel chagrin, s'élevaient jusqu'aux cieux. On ne pouvait donner des tombeaux à tous les morts à cause de la grande quantité des victimes ; on jetait les cadavres dans des fosses ou dans des trous profonds, et on les recouvrait de terre. Tout le monde restait immobile à la même place, frappé de terreur et plongé dans l'affliction. Quand le saint homme de Dieu, Maschdots, qui habitait dans l'île de Sevan, apprit les effets de la colère divine, il fit publiquement pénitence, après quoi il écrivit une lettre à tous ceux qui avaient échappé au désastre ; elle était conçue en ces termes :
