1.
COMMENT vous a paru le repas que je vous ai servi ce matin ? Pour moi , il m est venu dans l'esprit de comparer pion discours au festin que donne quelquefois un homme pauvre. Jaloux de traiter magnifiquement , ne pouvant se procurer des mets rares et délicats , il fatigue ses convives une profusion mal entendue d'aliments communs; de sorte qu'avec tout l'appareil qu'il étale, il ne parvient qu'à se donner du ridicule. Il en est de même de nous ; à moins que vous ne pensiez différemment , et que vous ne croyiez pas devoir dédaigner ce que nous volts servons, quel qu'il soit. Les amis du prophète Élisée ne le méprisaient point , parce qu'il ne les recevoir qu'avec des herbes sauvages ( 4. Rois. 4. 39. ). Je connais les règles de l'allégorie1 , non pour les avoir trouvées par moi-même , mais pour les avoir remarquées dans certains livres. Ceux qui n admettent: pas les sens les plus simples de l'Écriture, ne regardent pas l’eau comme de l'eau, mais comme un être d'un autre genre. ils expliquent, d'après leur imagination , poisson et plante. La création des reptiles et des bêtes sauvages, ils l’interprètent d'après le système qu'ils adoptent , d'après le but qui ils se proposent , comme les interprètes des songes expliquent les rêves de la nuit. Pour moi , quand je lis herbe , j'entends herbe ; plante , poisson , bête sauvage , animal domestique, je prends tout cela comme il est écrit : car je ne rougis pas de l'Evangile ( Rom. 1. 16. ). Des physiciens qui ont traité du monde , ont beaucoup parlé de la ligure de la terre , ils ont examiné si c'est une sphère ou un cylindre, si elle ressemble à un disque, et si elle est arrondie de toutes parts , ou si elle a la forme d'un van , et si elle est creuse au milieu ; car telles sont les idées qu'ont eues les philosophes, et par lesquelles ils se sont combattus les uns les autres : pour moi , je ne me porterai pas à mépriser notre formation du monde, parce que le serviteur de Dieu, Moïse, n'a point parlé de la figure de la terre, qu'il n'a point dit quelle a de circonférence cent quatre-vingt mille stades2; par-ce qu'il n'a point mesuré l'espace de l'air dans lequel s'étend l'ombre de la terré lorsque le soleil a quitté notre horizon ; parce qu'il n'a pas expliqué comment cette même ombre, approchant de la lune . cause des éclipses. Quoi ! parce que l'Ecriture se tait sur des connaissances qui nous sont inutiles, préfèrerai-je une sagesse insensée aux oracles de l'Esprit-Saint ? ne glorifierai-je pas plutôt celui qui n'a pas occupé notre esprit de vains objets, mais qui a fait tout écrire pour l'édification et pour la perfection de nos aunes ? C'est ce que paraissent n'avoir pas compris ceux qui , tirant de leur imagination des sens détournés et allégoriques , ont voulu relever la simplicité de l'Ecriture en lui donnant un air plus auguste. Mais c'est-là vouloir être plus habile que l'Esprit-Saint lui-même, et , sous prétexte d'expliquer ses oracles , ne donner que ses propres idées. Que les choses soient donc entendues comme elles sont écrites.
Saint Basile attaque ici, sans les nommer, Origène, et ceux qui , à son exemple, donnaient des explications allégoriques à presque tous les passages de l’Ecriture. ↩
Cent quatre-vingt mille stades , en supposant avec quelques savants qu'il faille vingt stades pour faire une lieue, font les neuf mille lieues qu'on donne encore à présent de circonférence à la terre. ↩
