6.
Le psaume soixante-huitième porte encore ce titre : « Pour ce qui doit être changé ». Le Prophète y chante la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et met dans la bouche du Sauveur certaines paroles de ses membres, c'est-à-dire, de ses disciples. Le Christ n'a lui-même commis aucun péché, mais il a supporté le fardeau des nôtres; c'est pourquoi il est dit : « Et mes péchés ne sont point cachés à vos yeux ». Nous trouvons écrit et annoncé d'avance, dans ce psaume, un fait rapporté dans l'Evangile1 : « Ils m'ont donné du fiel en guise de nourriture, et, pour étancher ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre ». Suivant la prédiction énoncée au titre du psaume, Jésus-Christ a donc transformé ce qui était ancien. Les Juifs lisent ces passages et ne les comprennent pas : aussi croient-ils nous causer de l'embarras, en nous demandant comment nous pouvons reconnaître l'autorité de la Loi et des Prophètes, dès lors que nous ne pratiquons pas les rites qu'ils nous ont prescrits. Nous n'observons pas ces rites, parce qu'ils. ont été changés : ils ont été changés, parce que leur transformation a été prédite, et nous croyons en Celui qui les a transformés par sa venue en ce monde. Si donc nous n'observons pas les rites: prescrits par la Loi et les Prophètes, c'est que nous comprenons ce qu'ils ont prédit, c'est que nous possédons la réalité de ce qu'ils ont promis. Pour les Juifs, qui nous adressent ces reproches, ils doivent à leurs ancêtres de participer encore à l'amertume du fiel donné par eux en nourriture au Seigneur ; ils se ressentent encore de l'âcreté du vinaigre qu'ils ont offert au Christ pour apaiser sa soif : ils ne comprennent pas ces choses, car en eux se vérifie cet autre passage du Psalmiste : « Que leur table soit devant eux comme un filet; qu'elle leur soit une juste rétribution, une pierre de scandale ». En abreuvant le pain vivant de fiel et de vinaigre, ils se sont eux-mêmes saturés d'âcreté et d'amertume. Comment donc saisiraient-ils le sens d'une prophétie qui prononce contre eux cette sentence : « Que leurs yeux soient aveuglés pour qu'ils ne voient point? » Comment pourraient-ils se tenir droits, de manière à élever leurs coeurs vers Dieu, eux dont il a été prédit : « Faites que leur dos soit toujours courbé? » Ces paroles n'ont pas été prononcées contre eux tous, mais elles l'ont été contre tous ceux auxquels s'applique ce qui a été prédit. Elles ne concernent point ceux d'entre eux qui ont cru alors en Jésus-Christ, ni ceux qui croient en lui aujourd'hui, ni ceux qui y croiront depuis ce jour jusqu'à la fin des siècles : elles ne s'appliquent aucunement au vrai peuple d'Israël, c'est-à-dire, à ce peuple qui verra le Seigneur face à face : « Car tous ceux qui descendent d'Israël, ne sont pas pour cela Israélites, et tous ceux qui sont de la race d'Abraham, ne sont pas pour cela ses enfants : mais Dieu lui dit : C'est d'Isaac que sortira la race qui doit porter ton nom, c'est-à-dire, ceux qui sont enfants d'Abraham selon la chair, ne sont pas pour cela enfants de Dieu : mais ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés être les enfants d'Abraham2 ». Au contraire, ces Juifs appartiennent à la Jérusalem spirituelle et aux villes de Juda, c'est-à-dire à l'Eglise ; c'est d'eux que parlait l'Apôtre quand il disait : « Les églises de Judée qui croyaient en Jésus-Christ, ne me connaissaient pas de visage3 ». Car, selon ce qui est écrit dans la suite du même psaume , « Dieu sauvera Sion, et, les villes de Juda seront bâties de nouveau, et ils y demeureront, après qu'ils l'auront acquise comme leur héritage, et la race de ses serviteurs la possédera, et ceux qui aiment son nom , y établiront leur demeure ». Mais lorsque les Juifs lisent ces paroles, ils les entendent dans un sens charnel : ils pensent à la Jérusalem d'ici-bas, qui est esclave avec ses enfants, et non point à la Jérusalem éternelle et céleste, qui est notre mère4.
