3. De la simplicité du vêtement. — Du cilice.
Le religieux doit seulement chercher par ses vêtements à couvrir sa nudité et à se préserver du froid, et non pas à nourrir sa vanité et à satisfaire son orgueil. L'Apôtre le recommande en disant : « Dès que nous avons de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents. » (I Tim., VI, 8.) Il se sert de ces termes pour indiquer que les vêtements doivent couvrir le corps, sans lui servir d'ornement. Il faut qu'ils soient si simples, que rien ne les distingue, par la couleur et la forme, de ceux que portent les personnes de la même condition. Mais il faut éviter un défaut contraire et ne pas se faire remarquer par une négligence affectée. Le vêtement religieux doit être si éloigné des modes du monde, qu'il puisse toujours servir à tous les serviteurs de Dieu. Car ce qui serait adopté par quelques-uns seulement et qui ne conviendrait pas à toute la communauté doit être rejeté comme superflu et nuisible, comme montrant plutôt la vanité que la vertu. Il faut retrancher comme inutile tout ce que n'ont pas approuvé les saints fondateurs de la vie religieuse, et les Pères qui, de notre temps, suivent fidèlement leurs règles et leurs exemples.
Les plus sages n'approuvent pas le vêtement de poil qu'on appelle cilice1, ils le trouvent trop singulier et plus capable de favoriser la vanité que d'aider la dévotion. Ils le croient d'ailleurs incommode pour le travail auquel doit se livrer un religieux qui veut éviter la paresse. Si quelques religieux, recommandables par de grandes vertus, ont porté le cilice, il ne faut pas dédaigner pour cela les coutumes des monastères et les préceptes des anciens, et s'autoriser de l'exemple du petit nombre pour violer une règle générale. C'était le privilège de leur rare mérite qui les excuse de n'avoir pas fait comme les autres; mais nous devons suivre avec une confiance plus ferme et une obéissance plus entière les institutions qui n'ont pas été introduites par des volontés particulières, mais qui ont pour elles la tradition de plusieurs siècles et la recommandation de tant d'illustres et saints personnages.
N'alléguons pas l'exemple de Joram, le roi coupable d'Israël, qui, entouré d'ennemis, déchira ses vêtements et fit voir le cilice qu'il portait sur sa chair (IV Reg., VI, 30); ni celui des Ninivites, qui se couvrirent de cilices pour apaiser la colère de Dieu que leur annonçait le Prophète (Jonas, III, 5); car il est évident que le cilice de Joram était caché, puisqu'on ne le voyait pas avant que son vêtement fût déchiré. Quant aux Ninivites, qui pleuraient la ruine prochaine de leur ville, ils montraient tous leurs cilices, et personne ne se singularisait en le portant. L'inégalité n'est blessante que quand elle est une singularité affectée.
Ce nom venait de la Cilicie, où l'usage de ce vêtement avait commencé. Le cilice des solitaires était plus grand et d'une autre forme que celui qu'on porte maintenant par pénitence. ↩
