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Il faut examiner en second lieu si le firmament, auquel on a aussi donné le nom de ciel, est différent du ciel créé d'abord, et si en général il existe deux cieux. Les savants qui ont raisonné sur le ciel consentiraient plutôt à perdre leur langue qu'à admettre ces deux cieux. Ils prétendent qu'il n'y a qu'un ciel, et que sa nature ne permet pas qu'il y en ait un second, un troisième, ou davantage , toute la substance du corps céleste ayant été épuisée a la formation d'un seul, comme ils le pensent. lis disent qu'un corps qui se meut en cercle est unique , que cet ouvrage a été consommé, et que tout ayant été employé pour un premier ciel, il ne reste plus rien pour un second ou pour un troisième. Voilà ce que forgent ces hommes qui fournissent à l'Ouvrier suprême une matière éternelle, et qui, de cette première fiction fausse, sont conduits à un mensonge lié avec elle par tin rapport naturel. Pour nous , nous demandons aux, sages de la Grèce de ne point se rire de nous avant que de s'être conciliés ensemble. Parmi eux, il en est qui supposent des cieux1 et des mondes à l'infini. C'est lorsque cette opinion aura été attaquée et détruite comme absurde par les philosophes qui emploient les preuves les plus imposantes, qui prétendent établir, par des démonstrations géométriques, qu'il est contraire à la nature qu'il y ait plus d'un monde; c'est alors que nous nous moquerons davantage des inepties mathématiques et savantes de ces philosophes, si, voyant due, par une seule et même cause, des bulles se forment sur l'eau en grand nombre, ils cloutent après cela que la puissance créatrice ait pu donner l'être à plusieurs mondes; ces mondes dont la force et la grandeur ne diffèrent guère de ces gouttes d'eau qui s'enflent sur la surface des fontaines, si on les compare à la puissance infinie de Dieu. Ainsi leur raison d'impossibilité est ridicule. Pour nous sommes si éloignés de ne pas croire un second ciel, que nous en cherchons même un troisième, celui que le bienheureux Paul a eu l’avantage de contempler. En nommant les cieux des cieux, le psalmiste nous annonce qu'il en existe plusieurs. Les cieux ne sont pas plus extraordinaires que les sept cercles que parcourent les sept planètes, d'après le sentiment de presque tous les philosophes2. Ces cercles, disent-ils, sont les uns dans les autres, comme ces barils que nous voyons emboîtés ensemble. Ils ajoutent que ces cercles emportés par un mouvement contraire au mouvement général, rendent, en traversant l'éther, un son agréable et mélodieux, supérieure à la plus belle musique. Lorsqu'on leur demande d'appuyer leur assertion par le témoignage des sens, que répondent-ils? ils disent qu'accoutumés à ce son dès notre naissance, une longue et continuelle habitude nous en a ôté le sentiment. Ainsi, dans les boutiques des forgerons, ceux dont les oreilles sont continuellement frappées, n'entendent plus rien. Réfuter de pareilles rêveries, dont la futilité se montre évidemment au premier coup-d'oeil, ce ne serait ni savoir ménager le temps, ni compter assez sur l'intelligence de ses auditeurs.
Mais laissant aux infidèles les erreurs des infidèles , revenons à l'explication de l'Écriture. Quelques-uns de nos prédécesseurs ont prétendu. que ce n'était pas la création d'un second ciel, mais le développement du premier: qu’il était parlé d'abord en général de la création du ciel et de la terre; mais qu’ici l'Ecriture explique la manière plus particulière dont chaque chose a été faite. Pour nous, nous pensons que l’Écriture parlant d'un second ciel dont le nom est différent et l'usage particulier, ce ciel diffère de celui qui a été créé d'abord; qu'il est d'une substance plus ferme, et d'un usage spécial dans l'univers.
