10.
Et Dieu vit que cela était beau. Ce n'est point par les yeux que Dieu juge de la beauté des choses qu’il a faites, il ne se forme pas du beau la même idée que nous ; mais il regarde comme beau ce qui est fait suivant toutes les règles de l’art , et ce qui concourt à une fin utile. Celui donc qui s'est proposé dans la création tut but bien marqué, examine d'après ses principes les diverses parties à mesure qu’il les crée , et il les approuve comme remplissant; parfaitement leur fin. Une main seule, un oeil isolé, en un mot toits membres séparés d’une statue, ne sauraient paraître beaux a tout le monde: mais lorsqu'ils sont rangés à leur place, alors cette belle harmonie, qui se montrait à pente aux plus habiles, est aperçue des plus ignorants. Un artiste voit la beauté des membres avant qu'ils soient l'approchés, parce que sa pensée le reporte à leur fin. C'est ainsi que l'Ouvrier suprême nous est représenté louant chacun de ses ouvrages, lui qui doit accorder bientôt au monde entier achevé les louanges qui lui conviennent.
Mais finissons ici notre instruction sur le second lotir. Laissons aux auditeurs attentifs le temps d’examiner ce qu'ils ont entendu, en sorte qu'ils gravent dans leur mémoire les réflexions utiles, et que par nue méditation sérieuse, comme par une espèce de digestion, ils puissent les convertir en leur substance. Quant à ceux qui sont trop occupés des soins de la vie, procurons-leur la facilité de s'affranchir de ces soins dans l'intervalle, et de se présenter au festin spirituel da soir avec un esprit dégagé de toute inquiétude. Que le Dieu qui a fait de grandes choses, et qui m'a inspiré les faibles pareils dont j'ai alimenté vos âmes, vous donne en tout l'intelligence de sa vérité, afin que , par les choses visibles, vous connaissiez l'invisible, et que par la grandeur et la beauté des créatures , vous preniez une idée juste du Créateur. Ce qu'il y a d'invisible en Dieu, dit saint Paul , est devenu visible depuis la création du monde par la connaissance que ses ouvrages nous en donnent; lesquels ouvrages nous découvrent sa puissance éternelle et sa divinité ( Rom. 1. 20.). Ainsi la terre, l'air, le ciel, les eaux, le jour, la nuit, tous les objets visibles nous manifestent et nous rappellent l'idée de notre bienfaiteur. Nous ne fournirons pas d'occasion au péché, nous ne laisserons pas de place dans nos coeurs de notre ennemi , si , par un souvenir continuel , nous faisons habiter en nous le Dieu à qui appartiennent la gloire et l'adoration , maintenant et toujours dans tous les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
