CHAPITRE XVII : MILTIADE ET LES LIVRES QU'IL A COMPOSÉS
Dans cet ouvrage, un écrivain, Miltiade, est aussi mentionné comme ayant composé un traité contre la susdite hérésie. Après avoir cité quelques paroles de ces hérétiques, l'auteur poursuit en disant : « J'ai trouvé cela dans un ouvrage de ceux qui ont attaqué l'écrit de Miltiade, notre frère, où celui-ci montre qu'un prophète ne doit pas parler lorsqu'il est en extase et je l'ai résumé. »1
[2] Un peu plus loin, dans le même écrit, il énumère ceux qui ont prophétisé dans le Nouveau Testament, et parmi eux, il compte une certain Ammiade et Quadratus, disant ainsi : « Mais le faux prophète tombe en fausse extase, l'impudence et l'effronterie le suivent ; il part d'abord d'une déraison volontaire, puis il tourne à la folie involontaire de l'âme, comme il est dit plus haut. [3] Ils ne pourront rien montrer de cette sorte dans aucun des prophètes remplis par l'Esprit, soit dans l'Ancien, soit dans le Nouveau Testament, ni Agabus, ni Judas, ni Silas, ni les filles de Philippe, ni Ammiade de Philadelphie, ni Quadratus, et s'ils en nomment quelques autres, ils ne se vanteront pas qu'ils leura ppartiennent. »2
[4] Peu après, il affirme encore ceci : « Si, en effet, après Quadratus et Ammiade de Philadelphie, 101 comme ils disent, les femmes de l'entourage de Montan ont hérité du charisme prophétique, qu'ils montrent ceux qui, parmi les sectateurs de Montan et des femmes, en ont hérité; car il faut que le charisme prophétique soit dans toute l'Église jusqu'à la parousie finale, selon que le pense l'Apôtre : mais ils n'auraient personne à présenter, depuis déjà quatorze ans que Maximilla est morte. »3
[5] Voilà ce que dit cet écrivain. Miltiade, du reste, dont il parle, nous a laissé d'autres monuments de son zèle personnel pour les divines Écritures, dans les livres qu'il a composés, soit contre les gentils, soit contre les Juifs; il a abordé à part l'un et l'autre sujet en deux écrits : il a encore fait, pour les princes de ce monde, une apologie de la philosophie qu'il suivait.
αὐτῶν mss., αὐτοῦ syr. lat. RUFIN : « Denique et inserit ex eius (c'est-à-dire de Miltiade) dictis suo operi haec uerba », M. Schwartz n'a pas vu que le syriaque avait traduit la même leçon que Rufin. Cela rend encore plus incertaine l'appréciation que nous devons porter sur le rôle de Miltiade. La distribution des divers écrivains de l'époque entre les défenseurs et les adversaires du monianisme est rendue très difficile par l'orthodoxie postérieure qui ne pouvait se résigner à ranger des écrivains zélés et pieux parmi les partisans de la prophétie. - Μιλτιιάδου. Voy. plus haut, III, 4, et LABRIOM-E, l. c, p. 110, n. 1, pour la biblio- 520 graphie do la question. Les mss. et le syr. ont Ἀλκιβιάδου. Rufin a supprimé cette citation. - περὶ τοῦ... « Ce qui peut avoir deux sens : 1° l'extase ne doit à aucun titre être associée à la prophétie ; 2° le prophète ne doit pas parler durant la crise extatique. Cette dernière interprétation est celle de SELWYN, The Christian prophets, Londres, 1900, p. 2 „ (LABRIOLLE, l. c, p. 110, n. 2). ↩
εἰδή T1 ἤδη BD, γε δή EMR, arm. A. Cf. syr. : .«... nicht den Qvdrtvs, auch nicht einen von den anderen. Nicht also sollen sie sich rühmen darüber, lndem nicht ist ihnen mit ihnen Rechnung (Vernunfl)». ↩
δεῖξαι mss. ; ... .decipitur eorum confirmatio. Quartum decimum etenim iam paene habet annum... » (RUFIN) ; « aber nich ist ihnen dass sie zeigen. Vierzehn labre nämlich, u. s. w. » (syr.) ;... δεῖξαι.. <Καίτοι> τεσσαρεσκαιδέκατον... (WENDLAND). Le sens est certain mais la correction paraît inutile. - B, κοσμικοὺς ἄρχοντας: les gouverneurs de province, d'après Valois, qui rappelle l'exemple de Tertullien s'adressant à Scapula ; les empereurs, Antonin le Pieux et Marc-Aurèle (147-161), ou Marc-Aurèle et L. Vérus (161-169), plutôt que Marc-Aurèle et Commode (177-180) (JEROME, De uiris, xxxix). Une confusion s'est faite très anciennement entre le titre de cette apologie et celui du discours aux Grecs dans les mss. d'Eusèbe : κοσμικοὺς ἄρχοντας ABD lat (ad principes romani regni, RUFIN), Jér., De uiris, xxxix ; ἕλληνας syr., ἕλληνας κοσμικοὺς ἄρχοντας EMRT. — φιλοσοφίας. Faut-il entendre le mot au sens précis et restreint, comme on l'applique à Justin (HARNACK, Die Chronologie, I, p. 362), ou doit-on y voir le sens général que le mot a pris chez les écrivains chrétiens (cf. BOULENGER, Grégoire de Nazianze, Discours funèbres, p. LVI.)? ↩
