CHAPITRE XXI : COMMENT A ROME APOLLOMUS FUT MARTYR
Au même temps, sous le règne de Commode, notre situation changea et s'adoucit ; la paix, avec la grâce de Pieu, s'étendit aux églises réparties sur toute la terre. Alors aussi la parole du Sauveur amenait les âmes des hommes de toutes races au culte pieux du Dieu de 117 l'univers : si bien qu'alors déjà, un grand nombre de Romains, tout à fait remarquables par leur richesse et leur naissance, allaient au-devant de leur salut avec toute leur maison et toute leur famille.1
[2] Cela, d'autre part, pour le démon, qui par nature est jaloux et ennemi du bien, ne fut pas tolérable: il se prépara donc pour une nouvelle lutte, et ourdit contre nous des machinations multiples. Dans la ville des Romains par exemple, il fit conduire Apollonius devant le tribunal : cet homme était célèbre, parmi les fidèles d'alors, par sa science et sa philosophie ; le démon se servit, pour l'accuser, d'un de ses auxiliaires faits à ces sortes de besogne.2 [3] Mais le misérable prit mal son temps pour introduire cette cause. Une loi impériale défendait de laisser vivre de pareils dénonciateurs; aussi on lui rompit les jambes sur-le-champ, et ce fut le juge Pérennius qui porta cette sentence contre lui.
[4] Quant au martyr très aimé de Dieu, le magistrat le pressa longtemps de ses prières et lui demanda de se justifier devant l'assemblée du Sénat. Apollonius fit devant tous une très éloquente apologie de la foi pour laquelle il était martyr; il eut la tôle tranchée, en exécution d'un décret du Sénat : ne pas pardonner aux chrétiens quand une fois ils avaient paru devant un tribunal, s'ils ne se rétractaient pas, était ordonné par une loi ancienne chez. eux. [5] Les paroles d'Apollonius devant le juge, les réponses qu'il fit aux questions de Pérennius, et l'apologie entière qu'il prononça en présence de l'assemblée, qui désirera les lire, les verra dans la relation écrite des anciens martyrs que nous avons composée.
Voy. DUCHESNE, p. 251, et KLETTE, Der Process und die Acta sancti Apollonii, Leipzig, 1897 (Texte u. Unlersuchungen, XV, 2). ↩
ἀπεδύετο : métaphore tirée des pratiques des athlètes, qui se dépouillaient de leurs vêlements 523 avant la lutte. - αὐτῷ : a seruo proditus, JERÔME, De uiris, XLII, qui pavait avoir lu αὐτοῦ. ↩
