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Oui, vous avez été cruellement frappée; c'est à l'endroit le plus sensible de vous-même que vous avez reçu le trait lancé d'en-haut. Cela n'est que trop vrai, et les plus stoïques ne vous contrediront pas. Mais quand on a été blessé, il reste autre chose à faire que de passer sa vie dans le deuil et les larmes, il faut songer à la guérison de ses blessures; c'est à cela qu'il faut consacrer tous- ses soins : la négligence et les larmes ne feraient qu'envenimer la plaie, que rendre plus violente et plus forte la flamme de la douleur. Ecoutez donc patiemment mes discours consolateurs; arrêtez un peu le cours de vos larmes pour accueillir celui qui veut adoucir l'amertume de vos regrets.
Je n'ai point osé aborder ce sujet dans la première irritation de votre douleur, et comme dans le premier étourdissement du coup de foudre qui vous avait frappé. J'ai longtemps gardé un silence prudent, j'ai laissé votre coeur se rassasier librement de son deuil et de ses larmes; mais aujourd'hui que vos yeux sont moins noyés de pleurs, et que vos oreilles peuvent s'ouvrir à quelques paroles de consolation, je viens joindre mes bons offices à ceux des personnes de votre intérieur. Tant que la tempête n'a rien perdu de sa violence, et que l'affliction bouleverse l'âme de son souffle le plus impétueux, toute consolation est intempestive, et ne provoque qu'un nouveau chagrin; aussi tout le fruit qu'on en retire, est-il d'aigrir la plaie, d'attiser l'incendie et de s'attirer le mépris et la haine. Mais quand l'orage s'apaise, quand Dieu calme la violence des flots, nous déployons avec succès les voiles d'une parole amie; c'est ainsi que l'habileté du pilote triomphe d'une faible tempête, et succombe sous les fureurs de l'ouragan. Tel est le motif de mon long silence, et aujourd'hui encore j'hésiterais à le rompre, si votre oncle ne m'avait pleinement rassuré ; il m'a dit que les femmes qui vous servent osent déjà, et peut-être peu respectueusement, vous adresser de longues consolations; et il a ajouté que vos parentes et vos amies s'empressent également à vous offrir leurs condoléances; c'est pourquoi je puis espérer, ou plutôt je suis certain que vous ne rejetterez point mes paroles, et que même vous les accueillerez avec calme et avec tranquillité.
La femme se laisse facilement maîtriser par la douleur, mais lorsque, jeune encore, elle est devenue veuve, et qu'accoutumée à une vie de délices, de luxe et d'opulence, elle se voit soudain, sans aucune expérience des affaires, accablée de soins et de soucis, son malheur s'aggrave si fortement qu'il la précipiterait dans le désespoir, si le Seigneur n'étendait sur elle sa main protectrice. Or, ce secours ne vous a point manqué; et ici je trouve une grande preuve de la bonté de Dieu envers vous, car si le poids de tant de maux fondant sur vous à la fois ne vous a pas brisée, vous le devez non à une assistance humaine, mais à celui dont la puissance est infinie, la sagesse insondable, qui est le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. C'est lui, dit le Prophète, qui nous a frappés, mais il nous guérira; il nous a blessés, mais il fermera nos plaies. (Osée. VI. 2.) Lorsque vivait votre saint époux, vous partagiez sa gloire et vous jouissiez de son affection et de son amour. Hélas ! il était mortel, et votre bonheur était attaché à sa vie; aujourd'hui le Seigneur qui l'a rappelé à lui a pris sa place auprès de vous : ce n'est pas moi qui le dis, mais le Roi-Prophète : Le Seigneur, dit-il, protégera la veuve et l'orphelin; et ailleurs il le nomme le père des orphelins et le soutien des veuves (Ps. CXLV, 9; LXVII, 6), tant il est vrai que Dieu prend soin de tous ceux qui sont faibles et délaissés !
