10.
Toutefois, si cette démonstration est pour vous sans valeur; si, toujours aussi impudent, vous essayez d'affronter la vérité et de fixer sur elle des regards trop faibles pour en soutenir l'éclat, nous vous prouverons autrement toute l'importance de ce fait. 1llais comment? Les juges ont différents instruments de torture pour déchirer le corps, suspendre et arracher les membres: le chevalet, les roues, les ongles de fer, les fouets plombés. Qui voudrait les emporter à sa maison ? Quel homme consentirait seulement à toucher la main du bourreau qui les emploie ou à s'avancer pour les voir de plus près ? Ne les déteste-t-on pas généralement? Les voir, les toucher, n'est-ce pas d'un mauvais augure pour quelques-uns ? Ne s'en éloigne-t-on pas ? N'en détourne-t-on pas la vue ? Telle et bien plus détestable encore était autrefois la croix; car, ainsi que je l'ai dit, elle était plus qu'un signe de mort, elle était le signe d'une mort maudite. D'où vient qu'aujourd'hui tout le monde l'honore comme l'objet le plus vénérable et le plus précieux?
Comment tout le monde se dispute-t-il ce bois sur lequel a été étendu et attaché le corps sacré de Jésus-Christ? Comment hommes et femmes, tous ceux qui ont puce procurer une parcelle de la croix l'enferment-ils dans l'or et portent-ils comme un ornement suspendu à leur cou ce bois, emblème de la condamnation, signe du dernier supplice? L'auteur de tous les êtres et de leurs variations, qui a changé le monde, en le délivrant de sa perversité, qui de la terre a fait un ciel, a aussi élevé au-dessus des cieux ce signe d'ignominie, cet instrument de la plus déshonorante des morts. Voilà les merveilles que le Prophète avait prévues quand il disait : Et son tombeau sera glorieux. Ce signe de mort, car je ne tarirais pas sur un tel sujet, est devenu la source de bénédictions nombreuses, un mur inexpugnable, la plaie mortelle du diable, le frein des démons, une muselière qui rend impuissante la rage de nos ennemis. Par ce signe Jésus-Christ a détruit la mort, brisé les portes d'airain, rompu les verroux de fer et renversé la citadelle de l'enfer; il a énervé le péché, arraché le monde entier à la condamnation qui pesait sur lui et guéri la plaie que Dieu avait infligée à notre nature. Que dis-je ?Ce que n'avaient pu obtenir la mer divisée, les rochers fendus, les changements opérés dans l'air, la manne distribuée pendant quarante ans à tant de milliers d'hommes, la Loi, tous les autres prodiges accomplis dans le désert ou dans la Palestine, la croix a pu le faire non-seulement dans un peuple, mais sur toute la terre, elle a pu le faire sans peine après la mort du Crucifié, cette croix jusque-là signe maudit, abominable, déshonorant, objet de l'horreur universelle.
Jésus-Christ a prouvé sa puissance par ces faits, il l'a prouvée encore par ceux qui ont suivi. Toute la terre était stérile en vertus ; aride comme un désert, son sein était impuissant à produire un bon fruit ; en un instant Jésus-Christ en a fait un paradis, une mère très-féconde. Longtemps auparavant le Prophète l'avait annoncé en ces termes: Réjouissez-vous, stérile, qui n'enfantiez pas; élevez la voix et poussez des cris, vous qui n'étiez pas mère, car celle qui était abandonnée a plus d'enfants que (378) celle qui avait un époux. (Is. LIV, 1.) Après lui avoir ainsi rendu la fécondité, il lui a donné une loi bien préférable à la première. Les prophètes ne l'ont pas laissé ignorer, et voici ce qu'ils ont dit: Je ferai avec eux une alliance nouvelle, différente de l'alliance que j'ai faite avec leurs pères au jour oit je les ai pris par la main pour les retirer de la terre d'Egypte; parce qu'ils n'ont pas persévéré dans mon alliance, je les ai négligés, moi aussi, dit le Seigneur. Voici donc l'alliance que je ferai avec eux : je graverai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai dans leur coeur. (Jérém. XXXI, 32.) Le changement sera subit et l'enseignement facile ; le Prophète le déclare ensuite : Et ils n'enseigneront plus, chacun son prochain, et chacun son frère, en disant : Connais le Seigneur; car tous me connaîtront parmi eux depuis le plus petit jusqu'au plus grand. A son avènement, il fera grâce à tous les pécheurs; Jérémie le prédit encore : Ils jouiront de cette alliance quand j'effacerai leurs iniquités et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés. (Jérém. XXXI, 34.) Peut-on parler plus clairement? La vocation des Gentils, la prééminence de la loi nouvelle sur l'ancienne, la facilité de son introduction, la grâce accordée aux croyants et ce don fait par le baptême : voilà donc ce qu'annoncent ces prophéties.
