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L'auteur de ces bienfaits viendra un jour comme juge. Considérez encore la manière dont cet événement est prédit, car les prophètes ne l'ont pas négligé. Les uns ont vu et ont dépeint Jésus-Christ tel qu'il doit venir; les autres ont annoncé ce grand événement en propres termes : Daniel, même à Babylone au milieu des Barbares, le voit venir sur les nuées. 'l'elles sont ses expressions : Je considérais attentivement, et je vis comme le Fils de l'homme venir sur les nuées; il s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, et on le présenta devant lui. La principauté et le royaume lui furent donnés, et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les langues le serviront. (Dan. VII, 13.) D'un trait le Prophète esquisse le jugement. Je considérais attentivement, dit-il encore, jusqu'à ce que les trônes furent posés et les livres ouverts. Et un fleuve de feu jaillissait en sa présence. Il était servi par un million d'anges, et mille millions l'assistaient. Tout n'est pas dit ; Daniel continue, et nous montre l'honneur auquel seront élevés les justes. Il donna aux saints du Très-Haut la puissance de juger, et les saints entrèrent en possession du royaume. Malachie nous apprend que ce dernier jugement se fera par le feu. Le voici qui vient comme le feu de la fournaise et comme l'herbe des foulons. (Mal. III, 2.)
Voyez avec quelle exactitude les prophètes ont annoncé tout ce qui devait arriver : Comment donc restez-vous encore incrédule, quand vous avez reçu tant de preuves de la puissance de Jésus-Christ, quand vous voyez les événements confirmer des prédictions si anciennes, sans en démentir une seule? Ce ne sont pas là des oracles supposés, nous en avons pour témoins ceux qui les premiers ont reçu les livres prophétiques et les possèdent. Les possesseurs, les gardiens de ces livres sont nos ennemis, les enfants de ceux qui ont crucifié Jésus-Christ. Mais comment dira-t-on, ne croient-ils pas en lui, puisqu'ils ont ces livres? Par la même raison qui les empêchait de croire lorsqu'ils le voyaient faire des miracles. Ce n'est pas sa faute s'ils ne croient pas en lui, mais c'est la faute de ces aveugles qui trébuchent en plein jour. Il a exposé à tous les regards le monde, instrument harmonieux dont toutes les parties sont comme des voix qui publient leur Créateur ; néanmoins, à en croire certains hommes, tout ce monde visible se meut de lui-même, il ne tient pas de Dieu son existence ; la création, la providence sont l'oeuvre des démons, du hasard, de la fatalité, de mystérieuses relations entre la génération et le mouvement des astres. Le Créateur n'est pas responsable de toutes ces folies; les seuls coupables sont ceux qui restent malades à l'extrémité parmi tant de remèdes.
Un esprit juste voit, sans tant de secours, ce qui est vrai ; mais un esprit étroit et faux, eût-il un millier de guides, reste dans l'aveuglement où le retiennent ses préjugés. C'est là une observation qui s'applique non-seulement au cas présent, mais toujours et partout. Combien d'hommes à qui les lois sont inconnues, et qui passent leur vie dans la plus exacte observation des lois ! Combien d'autres, au contraire, nourris dans la connaissance des lois depuis l'enfance jusqu'à l'extrême vieillesse, ne cessent de les enfreindre ! L'antiquité même nous en fournit des exemples. Des miracles et des prodiges sans nombre n'ont pas rendu les Juifs meilleurs; il a suffi d'un seul mot pour convertir les Ninivites et les faire sortir du péché. Les choses ne se passent pas autrement (379) dans le vulgaire que dans les premiers rangs. De quels enseignements Judas n'a-t-il pas joui ? Il fut cependant un traître. Quel avertissement a reçu le larron? Pourtant il a confessé Jésus-Christ sur la croix et a proclamé sa ,royauté. Ne jugez donc pas de la vérité d'un fait par la manière de penser des hommes corrompus; mais au contraire, que la vérité du fait vous serve de règle pour décider qui sont ceux qui ont pris le bon parti. Les Juifs sont restés incrédules, les Gentils ont cru. Ce résultat était annoncé. David s'écrie dans un esprit prophétique : Mes fils devenus étrangers m'ont menti, mes fils devenus étrangers ont vieilli, et ils ont chancelé dans leurs voies (Ps. XVII, 46.) Isaïe dit à son tour : Seigneur, qui a cru aux paroles que nous avons rapportées, et à qui le bras du Seigneur s'est-il révélé (Is. LVI, 1.) Et encore : Ceux qui ne me cherchaient pas m'ont trouvé, et je me suis rendu visible à ceux qui ne m'interrogeaient pas (Is. LXV, 1.) La Chananéenne et la Samaritaine ont cru en Jésus-Christ; les prêtres et les princes l'ont combattu, lui ont tendu des piéges, ont écarté ceux qui croyaient en lui, et les ont chassés de la synagogue. N'en soyez point surpris, de semblables exemples abondent dans l'histoire de l'homme tant de nos jours que dans le temps passé. D'ailleurs, les Juifs n'ont pas tous été rebelles, un grand nombre ont alors embrassé la foi, et l'embrassent encore aujourd'hui. S'ils n'ont pas tous cru , il n'y a rien là d'étonnant : dans leur incrédulité , reconnaissez l'ingratitude humaine, reconnaissez la déraison, reconnaissez l'âme dominée par les passions.
Jusqu'à présent nous avons rapporté ce que les prophètes ont dit de Jésus-Christ, les prédictions qu'ils ont faites si longtemps par avance, exposons maintenant celles qu'il a faites lui-même sur les événements futurs, tandis qu'il parcourait la terre et conversait avec les hommes ; vous y apprendrez encore à connaître sa puissance. Etant venu pour s'occuper du salut des hommes, de ceux qui existaient de son temps et de ceux qui vivraient après lui, il a travaillé à cette grande affaire par différents moyens. Voyez -le à l'oeuvre. Il fait des miracles et il prédit des événements qui doivent se réaliser longtemps après. D'un côté , les miracles, pour ceux qui en sont témoins, sont la garantie de la vérité des événements éloignés; de l'autre, la postérité qui constate la réalisation de ces événements, y voit la preuve que les miracles accomplis alors sont dignes de foi; et la conclusion de cette double preuve, c'est qu'il faut reconnaître sa royauté.
