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Occupons-nous maintenant d'une autre prophétie plus claire que le soleil, plus éblouissante que ses rayons, exposée aux regards de tous, et s'étendant comme la première à toutes les générations. Telles sont du reste la plupart des prédictions de Jésus-Christ : elles ne sont pas limitées à quelques années, et la génération qui les a entendues n'en voit pas l'accomplissement; mais tous les hommes, la postérité même la plus reculée aussi bien que les contemporains peuvent, d'âge en âge et jusqu'à la consommation des siècles, en connaître l'irrésistible vérité. L'oracle précédent nous en a déjà fourni la preuve. Depuis le jour où il a été prononcé jusqu'à la fin des temps, rien n'a pu, rien ne pourra en ébranler ou en altérer la vérité. Elle fleurit, cette vérité, elle resplendit, elle croît, prenant chaque jour de nouvelles forces, toujours présente à tous, et à ceux qui vivent aujourd'hui et à ceux qui assisteront à l'avènement du Seigneur, afin que tous en retirent des fruits abondants et un profit considérable. Ceux qui étaient avant nous, ceux qui les ont précédés et ceux qui vivaient dans des temps bien plus reculés, en ont connu la puissance. Ils ont été témoins des guerres qu'on suscitait à l'Église, des périls auxquels elle était exposée, du tumulte, des clameurs, des flots, des tempêtes. Et ils ont vu qu'elle ne pouvait être ni submergée, ni vaincue, ni asservie, ni éteinte, mais qu'elle florissait, qu'elle croissait, qu'elle s'élevait tous les jours à une plus grande hauteur. La prédiction de Jésus-Christ, que je vais rapporter, sera une preuve nouvelle de la force et de la vérité de ses paroles. Quelle est donc cette prophétie ?
Un jour, il entra dans le temple des Juifs. A la vue de ce temple, alors dans toute sa splendeur, et tout éblouissant d'or, magnifique par la beauté et la grandeur des édifices, par les merveilles réunies de l'art et de la nature, ses disciples étaient dans la stupeur. Que leur dit-il? Voyez-vous tout cela? Je vous dis en vérité qu'il n'en restera pas pierre sur pierre. (Matth. XXIV, 2.) Il en annonçait ainsi la destruction future, le renversement de fond en comble, la dévastation ; prédiction dont on voit aujourd'hui l'accomplissement à Jérusalem. Tous ces nobles et superbes, édifices ont, en effet, été détruits.
Reconnaissez, dans ces deux prophéties, la grande, l'ineffable puissance du Christ qui en est l'auteur. Ceux qui l'honorent, il les élève, il accroît leur nombre; mais il humilie ses ennemis, il les détruit, il les extermine entièrement. Ce temple plus célèbre, plus grand qu'aucun autre par la sainteté du culte, n'avait son semblable nulle part. En quelque lieu du monde que fussent autrefois les Juifs, ils se mettaient en chemin pour apporter dans ce temple des dons, des victimes, des offrandes, des prémices et une infinité d'autres présents; les richesses de l'univers entier servaient à son ornement, et les Juifs prosélytes y affluaient de toutes parts. Grande était la renommée de ce lieu connu jusqu'aux extrémités de l'univers. Une seule parole de Jésus-Christ a suffi pour effacer, pour détruire, pour dissiper tout ce superbe monument comme de la poussière. Tous les Juifs, tous les prêtres même n'avaient pas la permission d'entrer dans la partie la plus sainte ; le grand prêtre seul le pouvait, et encore !n'était-ce qu'une fois l'an, et avec la robe traînante, des couronnes, la tiare et les autres vêtements sacerdotaux. Aujourd'hui, des prostituées, des efféminés, des infâmes, des adultères y ont accès sans que personne s'y oppose. La parole à peine prononcée a tout détruit, tout anéanti, et il ne reste plus du temple que ce qui est nécessaire pour montrer où fut autrefois le temple.
Voyez quelle puissance se révèle encore ici. Depuis ce temps jusqu'à nos jours, ils n'ont pu construire un temple, ces Juifs si puissants autrefois, qui l'emportaient sur les nations et les rois, à qui presque jamais la victoire ne coûtait de sang, qui érigeaient une infinité de trophées extraordinaires, prodigieux. Et cependant rien ne leur manquait : ni l'appui des rois, ni le concours d'une multitude innombrable répandue sur toute la terre, ni des richesses immenses. Comprenez par là qu'on ne peut détruire ce que Jésus-Christ a édifié, ni édifier ce qu'il a détruit? Il a édifié l'Église et personne ne pourra la détruire ; il a détruit le temple, et personne, depuis bien longtemps, ne peut le relever. On a bien essayé de détruire l'Église, mais en vain ; on a tenté de relever le temple, mais inutilement.
Dieu a permis ces tentatives, afin que personne ne puisse dire : Si l'on avait essayé, on (384) aurait réussi. L'essai a été fait, on n'a pu réussir. Un empereur de notre temps, plus impie que tous ses prédécesseurs, permit aux Juifs de mettre la main à l'oeuvre et voulut même y concourir. Ils commencèrent, mais le travail fut arrêté dès le principe par un feu qui jaillit des fondements et mit tout le monde en fuite. Ces fondements, à nu aujourd'hui, attestent la tentative, et montrent qu'on a bien pu achever de démolir en creusant, mais qu'on n'a pu enfreindre le décret de Jésus-Christ qui défendait de bâtir. Le temple avait déjà été détruit, mais de retour après soixante-dix ans de captivité, les Juifs l'avaient relevé aussitôt, et le second était plus splendide que le premier. Les prophètes l'avaient dit et annoncé avant l'événement. Mais voilà quatre cents ans qu'il a été renversé de nouveau, et l'on ne peut avoir ni la pensée, ni l'attente, ni l'espoir qu'il sera relevé. Qui pourrait l'empêcher cependant, si une puissance divine ne s'y opposait? Les Juifs n'ont-ils pas d'immenses richesses? Leur patriarche1 à qui tous paient le tribut, ne possède-t-il pas de grands trésors? Cette nation n'est-elle pas audacieuse? n'est-elle pas impudente, querelleuse, téméraire, séditieuse? Ne sont-ils pas nombreux en Palestine ? nombreux en Phénicie ? nombreux partout? Comment donc n'ont-ils pu relever un temple, eux surtout qui savaient que partout ailleurs leur culte est illégal, leurs rites interdits par l'ordre formel de Dieu; que partout ailleurs les sacrifices, les offrandes et les autres observances légales doivent cesser et disparaître ? En effet, hors du vestibule sacré il ne leur était pas permis d'élever un autel, d'offrir un sacrifice ou des libations, de présenter une brebis ou de l'encens, de lire la Loi, de célébrer une fête ou d'accomplir aucune des autres prescriptions ?
Plusieurs Pères, notamment Origène, saint Cyrille de Jérusalem et saint Jérôme, parlent des patriarches juifs dont l'un résidait en Judée, l'autre à Babylone. Le P. Pétau, dont on réédite en ce moment les Dogmata theologica (chez L. Guérin), doit être surtout consulté, si l'on veut se rendre compte des formes de gouvernement qui b sont succédé dans cette nation. ↩
