17.
Tandis qu'ils étaient à Babylone et que leurs ennemis voulaient les contraindre à chanter, captifs, esclaves, assujettis à des maîtres cruels, ils n'obéirent pas, ils ne cédèrent pas. Privés de la patrie et de la liberté, en danger de perdre la vie, retenus sous la main de leurs ravisseurs comme dans un filet, quand on leur ordonnait de chanter un cantique au son de leurs instruments, ils répondaient: Nous sommes assis aux bords des fleuves de Babylone, et nous avons pleuré, parce que ceux qui nous avaient emmenés captifs, nous demandaient de chanter des cantiques. Comment chanterons-nous un cantique du Seigneur sur la terre étrangère ? (Ps. CXXXVI, 1, 4.) On peut dire qu'ils manquaient d'instruments eux-mêmes nous ont appris pourquoi ils chantaient pas : Comment chanterons-nous cantique du Seigneur sur la terre étrangère ? Leurs instruments étaient là. Nous avons, disent-ils, suspendu nos instruments aux saules qui sont au milieu de cette contrée. Le jeûne leur était aussi interdit, comme un prophète le leur déclare : Avez-vous jeûné en mon honneur pendant soixante-dix ans ? dit le Seigneur. (Zach. VII, 5.) Il ne leur était pas permis non plus d'offrir des sacrifices et des libations: Ecoutez les trois enfants qui le disent: Il n’y a ni prince, ni prophète, ni chef, ni lieu pour sacrifier en votre présence et trouver miséricorde. (Dan. III, 38.) Ils ne disent pas que les prêtres manquent, car les prêtres étaient avec eux, mais pour montrer que tout dépend du lieu, et que l'observation de la Loi est attachée à ce seul point, ils disent : Il n'y a point de lieu. Mais que parlé-je de sacrifices et de libations ? Il ne leur était pas même permis de lire la Loi, et un autre prophète leur fait un reproche de cette infraction : Ils ont lu la Loi dehors, et ils ont donné à cet acte le nom d'actions de grâces. (Am. IV, 5.) Ils ne pouvaient Célébrer ni la pâque ni la pentecôte ni la fête des tabernacles, ni aucune autre solennité.
Ils savaient que la destruction du temple les mettait dans la nécessité de s'abstenir de toutes ces pratiques, que toute tentative pour les observer était une prévarication dont ils seraient punis, et cependant ils n'ont pu rebâtir le seul temple où la loi leur permît de célébrer leur culte. C'est que Celui qui a édifié l'Église avait aussi détruit le temple. Un prophète qui a prédit l'avènement de Jésus-Christ a aussi annoncé cette double manifestation de sa puissance. Ecoutez ce que dit ce prophète, bien qu'il fût postérieur à la captivité: Les portes seront fermées sur vous, et on n'allumera plus gratuitement le feu sur mon autel. Ma volonté n'est plus avec vous, car depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom a été glorifié parmi les nations, et l'on m'offre en tout lieu de l'encens et une (385) victime pure. (Mal. I, 10, 11.) Vous l'entendez, le judaïsme est rejeté, tandis que le christianisme resplendit et se répand par toute la terre. Un autre prophète indique aussi quelle sera la forme du culte: Et ils l'adoreront chacun dans le lieu où il sera, et ils le serviront sous un même joug. (Soph. III, 10.) C'est encore un autre qui dit : La vierge d'Israël est tombée, elle ne se relèvera plus. (Am. V, 2.) Daniel raconte avec clarté ces événements ; il nous apprend que tout sera détruit : les sacrifices, les libations, l'onction, le jugement. Mais nous expliquerons plus clairement et plus longuement cette prophétie dans nos discours contre les Juifs.
En attendant, marchons au but, et réduisons à néant toutes les vaines objections des Gentils. Je ne vous ai pas dit que Jésus-Christ avait ressuscité les morts et guéri les lépreux, dans la crainte que vous ne vinssiez à me faire cette réponse : Ce ne sont là que des contes et des fables ! Qui a vu? Qui a entendu? Cependant nous apprenons ses miracles de la bouche même de ceux qui nous disent qu'il a été crucifié et qu'il a reçu des soufflets. Si vous les jugez dignes de foi sur un point, pourquoi les accuser de mensonge sur les autres? S'ils avaient rapporté ces miracles pour flatter, leur Maître, et s'étaient laissé aller à une vaine et ridicule jactance, ils n'auraient rien dit de ses tristesses et de ce qui pouvait le déshonorer aux yeux d'un grand nombre. Mais ils ont dit la vérité à cet égard, ils ont insisté, ils ont tout raconté avec beaucoup de soin et de détail, ils n'ont omis aucun fait ni grand ni petit. Tandis qu'ils laissaient ignorer bien des particularités de ses miracles et de ses prodiges, ils se sont tous appesantis sur ses souffrances et sur tout ce qui pouvait paraître ignominieux, et ils l'ont scrupuleusement rapporté. Je n'ai fait mention, moi non plus, ni de ses miracles ni de ses prodiges. Voulant enchaîner toutes les langues impudentes, je n'ai rapporté que des faits visibles, exposés aux regards de tous, plus clairs que le soleil, accomplis sur tous les points du monde , dominant l'univers, surpassant toutes les forces de la nature humaine, des faits, en un mot, qui sont l'oeuvre de Dieu seul.
A quoi bon dire : Il n'a pas ressuscité les morts? Direz-vous aussi qu'il n'y a pas d'Eglises dans le monde? Direz-vous qu'on ne leur a pas tendu des embûches? qu'elles ne les ont pas déjouées ? qu'elles n'ont pas remporté la victoire? Autant vaudrait dire qu'il n'y a point de soleil. Quoi donc? ne voyez-vous pas les ruines du temple juif exposées aux regards de tout l'univers? Pourquoi ne faites-vous pas ce raisonnement: Si Jésus-Christ n'était pas Dieu, et le Dieu fort, comment ses adorateurs persécutés se seraient-ils accrus de la sorte , tandis que ceux qui l'ont crucifié et maltraité sont abaissés au point d'avoir perdu toutes leurs institutions, et parcourent le monde, vagabonds, errants , fugitifs, sans que, depuis si longtemps, la condition des uns ou des autres ait changé? Les Juifs n'ont pas craint de faire la guerre à l'empire romain, ils ont pris les armes, combattu longtemps, remporté même quelques victoires; ils ont inquiété les Augustes de ce temps-là : tant ils avaient de puissance l Et ces hommes qui ont fait la guerre et livré tant de combats aux empereurs, qui étaient forts de leurs richesses, de leurs armes et de leurs soldats, qui ont repoussé un nombre infini de généraux, ces hommes n'ont pu élever un temple ! Ils ont construit des synagogues en beaucoup de villes, mais le temple d'où leur gouvernement tire toute son autorité, le temple où ils avaient coutume de pratiquer toutes leurs observances, qui est le lien de leur constitution, ce temple seul, ils n'ont pu le rétablir !
