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L'idolâtrie était la religion de tous les empereurs: d'Auguste, de Tibère, de Caligula, de Néron, de Vespasien, de Titus et de tous ceux qui lui out succédé jusqu'au règne du bienheureux Constantin. Tous ont attaqué l'Église ; les uns y ont mis plus de violence, les autres moins; tous cependant l'ont attaquée. Que si quelques-uns ont paru s'apaiser, l'idolâtrie dont tous les empereurs faisaient publiquement profession était encore une occasion de guerre ; car les courtisans, dans l'espoir de leur être agréables, combattaient l'Église sans relâche. Mais à quoi ont abouti toutes ces embûches et toutes ces attaques? Moins facilement se rompt la toile d'araignée, moins promptement s'évanouit la fumée, moins rapidement passe la poussière emportée par le vent. Par leurs embûches ils n'ont fait qu'augmenter la foule des martyrs; ils n'ont pas touché aux immortels trésors de l'Église, à ses colonnes, à ses tours, et par leur mort non moins que par leur vie, ils servent très-utilement d'exemple à la postérité. Remarquez la vérité de la prédiction : Et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ?
Le passé répond de l'avenir : personne n'y mettra obstacle. Si tant de guerres allumées, tant de combats livrés de toutes parts à l'Église, ont été sans effet et n'ont pas prévalu contre elle quand ses membres étaient encore peu nombreux , quand l'Évangile paraissait une nouveauté et n'avait pas jeté de profondes racines, comment la vaincre aujourd'hui que les mers et toutes les nations qui existent sous le soleil lui sont soumises, qu'elle a conquis l'univers, les montagnes, les vallées, les collines, tous les lieux, que les esclaves de l'impiété sont en petit nombre, que les autels, les temples, les . idoles et tout le reste a disparu, qu'il n'y a plus ni fêtes, ni initiations aux mystères, ni odeur des victimes, ni fumée des sacrifices, ni assemblées profanes? Mais une telle oeuvre, une entreprise si grande aurait-elle pu , avec tant d'obstacles, avoir un succès si magnifique et une issue qui rend témoignage à la vérité, si celui qui a fait la prédiction et qui l'a réalisée n'avait pas une puissance divine et invincible? Pour dire le contraire, il faut avoir tout à fait perdu l'esprit et l'usage du bon sens.
D'autres prophéties proclament non moins clairement que celle-ci l'invincible puissance de l'Église. Car tout ce que le Christ 'a prédit était entièrement conforme à la vérité; il l'a, réalisé et aucune de ses paroles ne peut être vaine. Le ciel et la terre disparaîtront avant qu'on puisse démontrer la fausseté d'une seule de ses paroles ou de ses prédictions. Lui-même, avant que les événements lui eussent donné raison, l'a déclaré en termes formels: Le ciel et la terre passeront, a-t-il dit, mais mes paroles ne passeront point. (Matth. XXIV, 35.) Rien de plus juste. Ses paroles ne sont pas simplement des paroles, mais les paroles créatrices de Dieu. C'est par elles qu'il a fait et le ciel et la terre, et la mer et le soleil, et les choeurs des anges, et les autres puissances invisibles. Le Prophète lève toute obscurité à cet égard: Il a dit et tout a été fait, il a ordonné et tout a été créé. (Ps. CXLVIII , 5.) Tout, les créatures supérieures et inférieures , les créatures sensibles et intelligentes, les créatures corporelles et (383) incorporelles. La prophétie relative à l'Église montre donc, comme je l'ai dit, la grandeur, l'immensité et l'excellence de la véracité du Christ, de sa providence, de sa bonté et de sa vigilance.
