V.
Vous ne regardez pas comme des athées les poètes et des philosophes qui se sont occupés de Dieu. Euripide doutait de l'existence de ces dieux qui tiennent leur titre de l'ignorance et des préjugés vulgaires, lorsqu'il disait :
« Si Jupiter réside au plus haut des cieux, il ne devrait pas faire peser l'infortune sur le juste. »
Mais parlant du Dieu que la raison nous découvre, c'est ainsi qu'il s'exprime :
« Voyez-vous, dit-il, cet être sublime qui embrasse l'immensité des cieux, et environne la terre d'une ceinture humide; vous dites que c'est Jupiter, dites plutôt que c'est Dieu. »
Car il ne connaissait pas la nature des autres auxquels on a coutume de donner des noms : de votre Jupiter, disait-il, je ne saisis qu'un vain son; et il ne voyait pas à quoi se rattachaient ses noms. A quoi bon des noms pour désigner des choses qui n'existent point? Mais s'élevant à l'être invisible par la contemplation de ses œuvres, il voyait clairement ce qui le révèle dans les cieux et sur la terre ; il comprenait que celui qui a créé toutes ces choses et qui te gouverne par son esprit était Dieu; il démontrait que ce Dieu devait être unique, et désignait quel devait être le lieu de son séjour : en cela il était d'accord avec Sophocle, qui s'écrie, au sujet de la nature divine et des beautés qu'elle a répandues dans ses œuvres : oui, il n'est qu'un Dieu, un seul Dieu créateur du ciel et du vaste univers.
