XIX.
Mais voilà qu'ils s'emparent de cet oracle, «J'ai étendu seul les cieux» comme d'un témoignage qui exclut la Trinité des personnes. Faisant ici le procès à toutes les autres Vertus, le mol seul réfute d'avance les conjectures des hérétiques qui veulent que le monde ait été créé par les anges et les puissances ennemies, ou qui font du Créateur un ange envoyé pour créer à son insu le monde et tout ce qu'il renferme. Ou bien, si c'est ainsi «que seul il a étendu les cieux» comment ces hérétiques donnent-ils à ce texte une interprétation erronée, comme s'il rejetait la personnalité de cette Sagesse qui dit: «Lorsqu'il affermissait les cieux, j'étais avec lui?» Si l'Apôtre a dit: «Qui connaît les desseins de Dieu? Qui est entré dans le secret de ses conseils?» il se repond à lui-même: excepté la Sagesse qui était avec lui. Elle était avec lui, mais dans lui et disposant toutes choses avec lui, toutefois sans qu'il ignorât ce qu'il faisait. L'Apôtre donc, en disant excepté la Sagesse, dit excepte le Fils, qui est Jésus-Christ, sagesse et vertu de Dieu, qui seul connaît les desseins du Père, ainsi qu'il le témoigne encore: «Personne ne connaît ce qui est en Dieu, sinon l'Esprit qui est en lui.» Tu l'entends, mais non celui qui est hors de lui. Il y avait donc en Dieu une autre personne en vertu de laquelle il n'était pas seul, sinon qu'il était seul par rapport à toutes les autres Puissances.
Eh bien! récusez même l'Evangile quand il dit: «Dieu a tout fait par le Verbe, et sans lui, rien n'a été fait;» à la bonne heure! Mais, si je ne me trompe, il est écrit également ailleurs: «Les cieux ont été créés par le Verbe ou la parole du Seigneur, et l'armée des cieux par le souffle de sa bouche.» Ce Verbe, cette parole, cette vertu, cette sagesse, ce sera le Fils de Dieu en personne. Par conséquent, s'il a créé toutes choses par le Fils, en étendant les cieux par le Fils, «il ne les a point étendus seul,» si ce n'est dans le sens qu'il n'a rien de commun avec les autres puissances. Aussi bien voilà qu'il parle ensuite du Fils: «Quel autre a rendu inutiles les prestiges des devins et insensés ceux qui prononcent des oracles? il renverse la science des sages et change leur sagesse en folie?» Oui, en le nommant son Fils, en disant: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le!» Ainsi, parler immédiatement de son Fils, c'est nous expliquer lui-même dans quel sens «il a étendu seul les cieux,» c'est-à-dire seul avec son Fils. De même qu'il ne fait qu'un avec le Fils. De là vient que le Fils à son tour dira: «Moi seul j'ai étendu les cieux,» parce que «les cieux ont été affermis par le Verbe.» Comme le ciel «a été affermi» par l'assistance de la Sagesse ou du Verbe, et que «tout a été fait par le Verbe,» on peut dire légitimement que le Fils seul a étendu les cieux, parce que seul il a été le ministre du Père. Du même il dira encore: «Je suis le premier et le dernier.» Oui, sans doute, le premier en qualité de Verbe: «Au commencement était» le Verbe; dans ce commencement où le Père l'engendra. D'ailleurs, le Père n'ayant pas de commencement, on ne peut dire de lui qu'il a été engendré par qui que ce soit, puisqu'il est incréé. Celui qui a toujours été seul n'admet pas de rang. Si donc les hérétiques ont cru que pour sauver le dogme de l'unité, de Dieu, il fallait que le Père et le Fils fussent la même personne, son unité est sauve, puisque, tout en étant seul, il a un Fils auquel rendent témoignage les mêmes Ecritures. S'ils ne veulent pas que le Fils soit regardé comme une seconde personne, distincte du Père, de peur que cette distinction n'ait l'air d'établir deux Dieux, nous avons montré que l'Ecriture mentionne aussi deux Dieux et deux Seigneurs; et pour les empêcher de se scandaliser, nous leur avons exposé qu'il ne s'agit pas de deux Divinités différentes, de deux Seigneurs différents, mais seulement du Père et du Fils, comme formant deux personnes distinctes, non pas en substance, mais en disposition, puisque nous reconnaissons le Fils inséparablement uni au Père, et semblable en essence bien que différent en degré. Quoique nous l'appellions Dieu quand nous le nommons seul, il ne fait pas deux Dieux, mais un Dieu unique, par la même qu'il doit être appelé Dieu en vertu de l'unité du Père.
