LXXXVII. Les Abéloïtes,
LXXXVII. Nous avons, ou plutôt nous avons eu sur notre territoire d'Hippone une secte hérétique composée de paysans, peu à peu réduite à de faibles proportions; elle avait, tout entière, trouvé un refuge dans une petite ferme : les membres en étaient très-peu nombreux, et c'était là tout ce que la secte comptait d'adeptes. Dans la langue punique, qui a corrompu leur nom, ils s'appelaient Abéloniens : certains auteurs remontent jusqu'à Abel, fils d'Adam, pour trouver l'origine de ce nom: nous pouvons donc les désigner sous celui d'Abéliens ou d'Abéloïtes. Ils s'abstenaient de tout commerce conjugal avec leurs femmes, et pourtant, d'après l'enseignement de leurs docteurs, il ne leur était point permis de vivre dans le célibat. Aussi l'homme et la femme vivaient-ils sous le même toit, après avoir fait voeu de continence, et avoir, dans leur contrat de mariage, légué leur future succession à un jeune homme et à une jeune fille, qu'ils adoptaient alors : si la mort enlevait ces jeunes gens avant le décès de leurs parents adoptifs, ceux-ci leur en substituaient d'autres; l'essentiel était que deux personnes de sexe différent succédassent à deux autres pour continuer à former une société dans leur maison : car, l'un ou l'autre des parents adoptifs venant à décéder, ces jeunes gens prenaient soin du survivant, avec une piété toute filiale, jusqu'à la fin de ses jours; puis, ils adoptaient, à leur tour, un garçon et une fille. Au milieu de voisins à qui il était permis d'avoir des enfants, l'occasion d'en adopter ne fit jamais défaut aux Abéloites : les chefs de famille s'empressaient, au contraire, de leur donner les leurs, dans l'espoir de les voir recueillir, un jour, un riche héritage.
