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Quelle est donc, je ne dis pas l'erreur, mais la fureur des Manichéens, de faire de notre chair l'oeuvre de je ne sais quelle nation ténébreuse, nation éternelle et éternellement mauvaise ? L'Apôtre, inspiré par la vérité, n'exhorte-t-il pas les époux à aimer leurs épouses comme leur propre chair? Et pour rendre son exhortation plus pressante, n'invoque-t-il pas l'exemple de Jésus-Christ et de son Eglise ? Citons tout entier ce passage de sa lettre; il se présente ici fort à propos : « Epoux, dit-il, aimez vos épouses comme Jésus-Christ a aimé son Eglise ; car il s'est livré à la mort pour elle, afin de la sanctifier, la purifiant dans le bain salutaire de « l'eau et par la parole. C'est ainsi qu'il a voulu se faire une Eglise glorieuse, sans tache et sans souillure, sainte et immaculée. De même, les époux doivent aimer leurs épouses comme leur propre corps. Celui qui aime son épouse, s'aime lui-même1 ». Il termine par ces mots, déjà cités plus haut
« Car personne n'a jamais haï sa propre chair; au contraire, il la nourrit et la soigne comme Jésus-Christ le fait pour son Eglise ». A un témoignage aussi formel, que peut opposer la folie de l'impiété la plus grossière? Manichéens, qu'y opposez-vous ? Vous essayez de produire les lettres apostoliques pour nous prouver votre système des deux natures, l'une bonne et l'autre mauvaise; pourquoi donc refuser d'entendre ces mêmes lettres apostoliques quand elles condamnent votre perversité sacrilège ? Vous lisez: « La chair convoite contre l'esprit2; le bien n'habite pas dans ma chair » ; lisez donc aussi : « Personne n'a jamais haï sa chair, il la nourrit au contraire et la soigne comme Jésus-Christ le fait pour son Eglise ». Vous lisez : «Je vois dans mes membres une autre loi qui répugne à la loi de mon esprit3 » ; lisez donc aussi : « Comme Jésus-Christ a aimé son Eglise, ainsi les époux doivent aimer leurs épouses, comme leur propre corps ». Parmi ces témoignages de l'Ecriture sainte, ne cherchez pas à faire servir les uns à vos perfides desseins et à fermer l'oreille aux autres; ainsi vous serez toujours dans le vrai. Interprétez ces derniers comme le bon sens l'exige, et vous comprendrez les autres dans leur véritable signification.
