29.
Voilà pourquoi l'esprit de l'homme, en s'attachant à l'Esprit de Dieu, convoite contre la chair, c'est-à-dire contre lui-même et pour lui-même; car, en enchaînant en vue du salut les mouvements qui flattent l'homme et non pas Dieu et qui sont l'effet de la langueur acquise, il travaille à vivre selon Dieu et à pouvoir dire : « Je vis, non pas moi, mais Jésus-Christ en moi1 » ; car détruire le moi, c'est le rendre plus heureux; et quand un mouvement humain s'élève dans l'homme et y rencontre la résistance de l'Esprit, soumis à la loi de Dieu, à pouvoir dire encore : « Ce n'est pas là mon œuvre2 ». A des âmes qui en étaient là, l'Apôtre adressait les paroles suivantes, que nous devons entendre comme étant membres de leur société : « Si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, cherchez ce qui est au ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu; goûtez les choses surnaturelles et non les choses terrestres. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus Christ en Dieu. Quand Jésus-Christ, votre vie, aura apparu , vous apparaîtrez aussi avec lui dans; la gloire » . Comprenons à qui l'Apôtre adresse ces paroles, ou plutôt écoutons-les plus attentivement. Quoi de plus explicite? Quoi de plus formel? Saint Paul parlait évidemment à des hommes ressuscités avec Jésus-Christ, non pas d'une résurrection charnelle, mais spirituelle. Il parlait à des hommes qu'il dit morts et qui n'en sont que plus vivants: « Car, dit-il, notre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu ». De ces morts, voici le cri : «Je vis, non pas moi, mais Jésus-Christ en moi ». Eh bien ! c'est à ceux dont la vie est cachée en Dieu qu'il donne cet avertissement, qu'il adresse cette exhortation, de mortifier leurs membres qui sont saur la terre.
Mais peut-être hésiterez-vous à croire que ces justes sont encore obligés de mortifier leurs membres extérieurs et sensibles. Ecoutez donc ce que dit l'Apôtre : « Mortifiez vos membres: la fornication, l'impureté, la division, la concupiscence mauvaise et l'avarice, qui est une véritable idolâtrie ». Mais de là conclurions-nous que ces hommes qui étaient morts à eux-mêmes, dont la vie était cachée avec Jésus-Christ en Dieu, se rendaient encore coupables de fornication, qu'ils se livraient encore aux moeurs et aux actions impures, qu'ils s'abandonnaient encore aux troubles de la concupiscence mauvaise et à l'avarice? Une telle conclusion serait une insigne folle. Que doivent-ils donc mortifier, par la continence? N'est-ce pas ces mouvements qui s'élèvent d'eux-mêmes en nous, sans aucun consentement de notre volonté , sans aucune action correspondante de nos membres ? Et comment la continence peut-elle atteindre ces mouvements et les mortifier? N'est-ce pas en leur refusant le consentement de l'esprit et toute participation des membres ? N'est-ce pas surtout en exerçant la vigilance la plus continuelle jusque sur la pensée elle-même? En effet, cette pensée, nécessairement obsédée par le charme et la séduction des mouvements de la concupiscence, doit pourtant leur refuser toute délectation volontaire et trouver un plaisir plus grand à s'élever vers les choses supérieures. Si donc elle nomme encore ces mouvements dans son langage, ce n'est pas pour qu'on s'y complaise, mais pour qu'on les repousse avec horreur. Voulons-nous (104) qu'il en soit ainsi ? Ecoutons avec une bonne volonté, et avec l'aide de Celui qui nous l'impose, ce précepte apostolique : « Cherchez ce qui est d'en-haut, là où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu; goûtez les choses du ciel et non les choses de la terre ».
