XVIII.
Vous rangez sous un autre grief tout ce que vous reprochez à notre obstination. Notre insensibilité et notre mépris pour la mort acceptent, dites-vous, les glaives, les croix, les bêtes féroces, les bûchers et les tortures. Mais vos devanciers et vos ancêtres dédaignèrent comme nous tous ces supplices, et leur vertu, vous l'appelez courage: et non entêtement. Combien d'hommes ont couru volontairement au-devant des épées? Il serait trop long de les compter. Quant à votre Régulus, il a consacré volontiers la croix, nouvelle alors pour vous, et précédée par de longues et implacables tortures. Une reine employa ses propres serpents. Didon expira sur un bûcher qu'elle fit allumer pour elle-même. Son exemple apprit à la femme d'Asdrubal à se montrer plus intrépide que son mari dans les désastres de sa patrie. Une femme d'Athènes fatigua par son courage le tyran qui voulait lui arracher son secret. Enfin, de peur que son corps et la faiblesse de son sexe ne la trahissent, elle se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage de son bourreau, pour qu'il lui fût impossible de révéler le complot. Chez les vôtres, vous appelez cette fermeté du nom de gloire; chez les nôtres, vous n'y voyez que stupide entêtement. Eh bien! détruisez la gloire de vos ancêtres, pour avoir droit de nous détruire nous-mêmes! Ou seulement bornez-vous à rétracter aujourd'hui les louanges que vous donniez à vos pères, afin de nous les refuser pour les mêmes actes.
Vous me direz peut-être que la dureté des temps où vivaient vos aïeux réclamait cette mâle et intrépide énergie; aujourd'hui, au contraire, la tranquillité de la paix exige des moeurs plus douces et des dispositions plus pacifiques, même à l'égard des étrangers.
Eh bien! poursuivez-vous, vous vous comparez aux anciens. Il faut donc que nous haïssions chez vous ce que nous n'approuvons pas, parce qu'il ne se trouve plus chez nous. Répondez ici à chaque espèce, je ne demande pas des exemples qui se ressemblent par les mots. Si c'est le mépris de la mort qui a rendu vos ancêtres si renommés, ce n'est pas apparemment par amour pour la vie que vous offrez vos poitrines à l'épée des gladiateurs. Mais vous donnez à la milice le nom de mort. Si une femme est devenue fameuse en se livrant à ses bêtes, tous les jours, au milieu de la paix, on vous voit courir volontairement au-devant des bêtes. Si aucun Régulus parmi vous ne plante plus une croix en terre pour y livrer son corps aux clous, vous savez mépriser la flamme, depuis qu'un de vous faisait métier de se montrer, moyennant récompense, dans une tunique embrasée. Si une femme brava les verges, il n'y a pas longtemps qu'un païen renouvelait cet exemple de courage sous les couteaux qui le frappaient. Ainsi laissons de côté la gloire de Lacédémone.
