XX.
Pourquoi donc, ô injustes nations, ne saluez-vous pas, que dis-je? pourquoi ne maudissez-vous pas dans les Chrétiens des hommes qui vous ressemblent, puisqu'il n'y a pas de différence entre nous, et que nous sommes une seule et même chose? Vous ne pouvez haïr ce que vous êtes! Allons, donnez-nous la main, embrassons-nous mutuellement, mêlons-nous tous ensemble, sanguinaires avec sanguinaires, incestueux avec incestueux, conspirateurs avec conspirateurs, opiniâtres avec opiniâtres, extravagants avec extravagants! Nous sommes les uns et les autres également impies envers les dieux; nous provoquons également leur colère. Vous avez aussi parmi vous une troisième race, sinon par de troisièmes rites, au moins par son troisième sexe, sexe qui participe de l'homme et de la femme, et peut s'unir à l'un comme à l'autre. Ou bien, serait-ce que notre ressemblance avec vous vous offense? L'égalité, d'ordinaire, engendre la jalousie et la haine. Ainsi, le potier est jaloux du potier, le forgeron du forgeron.
Mais finissons cette confession ironique, pour revenir à la vérité et à la constance dans la vérité, qui se rencontrent parmi nous seuls, et qui nous distinguent complètement de vous. Oui, nous seuls les possédons, parce qu'elles nous viennent de celui qui éclaire la science, inspire la sagesse, gouverne le jugement.
Enfin, une des maximes de votre législation, c'est que la sentence ne doit être prononcée qu'après l'audition des deux parties. Nous sommes les seuls envers qui vous violez cette loi. . . . . Par une pente naturelle à l'homme, vous obéissez à des vices que vous condamnez dans les autres. . . . . occupés d'œuvres. . . . .1 chastes envers les étrangers, impudiques à l'égard de vous-mêmes; courageux au-dehors, soumis à la maison. Mais n'est-ce pas une grande injustice que ceux qui ont la science soient jugés par les ignorants? « Ôtez la paille ou plutôt la poutre qui est dans votre oeil, avant de vouloir ôter la paille qui est dans l'oeil de votre voisin. » Commencez par vous réformer vous-mêmes, pour châtier ensuite les Chrétiens. Ou plutôt, vous ne punirez plus ce que vous aurez réformé. Que dis je? Vous serez Chrétiens; et si vous êtes Chrétiens, vous serez corrigés. Étudiez ce dont vous nous accusez, et vous ne nous accuserez plus. Reconnaissez ce dont vous ne vous accusez pas, et vous commencerez à vous accuser. Ce peu de paroles doit suffire pour vous montrer où est l'erreur et où est la vérité, du moins autant qu'il nous a été possible de le faire. Condamnez la vérité, si vous le pouvez, mais seulement après l'avoir approfondie; approuvez l'erreur, si vous le pensez, mais que ce soit avec connaissance de cause. S'il vous est ordonné d'aimer l'erreur et de haïr la vérité, encore faut-il que vous connaissiez ce que vous aimez et ce que vous haïssez.
Le texte de ce traité ne nous est parvenu que mutilé et fort incomplet. Les lacunes sont bien plus nombreuses encore dans le second livre. Il y a des chapitres inintelligibles, tant ils sont tronqués. Il faut souvent analyser au lieu de traduire, et donner un sens d'induction à des mots qui sont associés l'un à l'autre contre toute espèce de règles logiques ou grammaticales. ↩
