A SAINT AUGUSTIN.
Compliments à saint Augustin. — Rareté en orient des copistes latins. — Vol des manuscrits de saint Jérôme.
En 416.
J'ai reçu votre cher fils et mon très cher frère, le prêtre Orose, avec toutes les marques d'estime et d'amitié que je devais et à son propre mérite et à votre recommandation. Mais il est arrivé ici dans un fâcheux moment, où j'ai cru qu'il était plus à propos de me taire que de parler, ce que je ne pouvais faire d'ailleurs sans interrompre mes études et perdre mon temps à des écrits remplis d'aigreur, et qu'Appius appelle « l'éloquence des chiens. » C'est ce qui m'a empêché de répondre aux deux livres que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et où vous montrez beaucoup d'érudition et d'éloquence. Quand je parle d'y faire réponse, ce n'est pas que j'y trouve matière à critique, mais c'est que, selon l'apôtre saint Paul, « chacun abonde en son sens, l'un d'une manière et l'autre d'une autre. » Au reste vous avez épuisé le sujet en ramassant et en expliquant tout ce qu'un sublime génie est capable de tirer du fond des saintes Ecritures. Souffrez un peu, je vous prie, que je vous loue à cette occasion. Lorsque nos envieux, et particulièrement les hérétiques, sauront que nous sommes partagés, vous et moi, sur le sens des Ecritures, ils ne manqueront pas de dire que l'aigreur et la passion ont fait naître nos disputes; mais pour moi j'aurai toujours de l'amitié, du respect, de l'estime et de l'admiration pour vous, et je soutiendrai vos sentiments comme les miens propres; aussi vous ai-je cité avec éloge dans un dialogue contre les Pélagiens, que j'ai donné depuis peu au public. Au lieu donc de nous amuser à disputer, travaillons de concert à exterminer ces pernicieux hérétiques, qui, par une patience affectée, l'ont semblant de désavouer leurs erreurs, afin de pouvoir les débiter plus librement, et qui ne prennent tant de soin de cacher le venin de leur hérésie, que pour éviter la honte de la voir bannir d'entre les fidèles, et expirer sous les anathèmes de l'Église.
Vos saintes et vénérables filles, Eustochia et Paula1, marchent toujours dans les sentiers de la vertu d'une manière digne de leur naissance et des salutaires avis que vous leur avez donnés. Elles vous présentent leurs très humbles respects, aussi bien que tous les frères qui servent ici le Seigneur avec nous. Nous avons envoyé à Ravenne, dès l'année passée, le saint prêtre Firmus, pour prendre soin de leurs affaires; il doit passer de là en Sicile et en Afrique, où je crois qu'il est déjà arrivé. Je vous prie de saluer de ma part votre sainte communauté, et de faire tenir au saint prêtre Firmus les lettres que je lui écris, si elles tombent entre vos mains. Je vous demande toujours quelque part à votre souvenir, et prie notre Seigneur Jésus-Christ de vous conserver en santé.
Nous avons ici très peu de copistes capables de transcrire les livres latins; c'est ce qui m'empêche de faire ce que vous souhaitez de moi, surtout à l'égard de La version des Septante, qui est remplie d'obèles et d'astérisques; car on m'a volé une partie de ce que j'avais déjà fait.
Paula la jeune. ↩
