CHAPITRE X. POUR NOUS LE FILS DE DIEU S'EST FAIT HOMME.
11. Si les chagrins que l'attachement au monde cause à notre âme nous empêchent de goûter combien le Seigneur est doux , du moins ayons confiance en l'autorité divine que Dieu même a bien voulu placer dans la sainte Ecriture, où il est parlé de son Fils, « qui lui est venu de la race de David selon la chair1 », comme dit l'Apôtre. « Tout a été fait par lui, et rien n'a été fait sans lui », dit l'Evangile2. C'est lui qui a eu compassion de notre faiblesse, dont il n'est pas l'auteur, mais que nous ne devons attribuer qu'à nous-mêmes, car Dieu a créé l'homme immortel3 et lui a donné le libre usage de sa volonté; eh ! où serait la perfection pour lui s'il obéissait aux commandements de Dieu, par force et non librement ?
A mon avis, rien de plus simple ; mais c'est ce que ne veulent pas comprendre ces hommes qui, ayant abandonné la foi catholique, désirent cependant conserver le nom de chrétien. S'ils conviennent avec nous que notre nature ne peut se corriger que par la pratique du bien, ils avoueront nécessairement qu'elle s'altère parle péché. Il suit donc que nous ne devons pas croire que notre âme soit un même être avec Dieu ; s'il en était ainsi, ni sa volonté, ni une force étrangère ne sauraient la pousser au mal ; puisque Dieu est absolument immuable, comme en conviennent ceux qui n'aiment pas à parler des questions qu'ils ignorent, dans un esprit de lutte, de rivalité, d'amour de vaine gloire , mais avec une humilité toute chrétienne; jugent du Seigneur d'après sa bonté, et le cherchent dans la simplicité de leur cœur4. Ainsi donc le Fils de Dieu a daigné se revêtir de notre faiblesse. a Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous5 » ; son éternité n'a pas été changée, mais il a montré aux regards muables de l'homme, une créature également muable dont il s'est revêtu dans son immuable majesté.
