CHAPITRE XXX. L'ÉGLISE CATHOLIQUE ET LES LUCIFÉRIENS.
32. Nous n'écouterons pas non plus ces autres qui, sans réclamer pour personne un second baptême, se sont néanmoins retranchés de l'unité de l'Eglise, ont préféré s'appeler Lucifériens plutôt que catholiques. Ils sont dans la saine doctrine en comprenant que le baptême du Christ ne doit pas se réitérer. Ils voient, en effet, que le sacrement de la sainte ablution ne vient que de l'Eglise catholique, et que les sarments coupés conservent la forme qu'ils avaient prise sur le cep avant d'être tranchés. C'est à eux toutefois que s'adressent ces paroles de l'Apôtre : « Ils ont l'apparence de la piété, mais ils en ont rejeté la vertu1».
En effet, la grande vertu de la piété, c'est la paix et l'unité, parce que Dieu est un. Or, les Lucifériens ne l'ont pas, cette vertu, parce qu'ils se sont séparés de l'unité. Aussi, quand l'un d'entre eux revient à la foi catholique, il n'a pas besoin de reprendre l'apparence de la piété, qu'il possède, mais il en reçoit la vertu, qu'il n'avait pas. Semblables à des branches coupées mais non desséchées, qui sont susceptibles d'être encore entées , eux aussi peuvent revenir à la foi, s'ils ne persévèrent pas dans l'incrédulité, ainsi que l'enseigne l'Apôtre en termes précis,. Voilà ce que comprennent les Lucifériens, et ils ne donnent pas le baptême une seconde fois; alors nous ne les blâmons pas. Mais lorsqu'ils ont voulu se séparer eux-mêmes de la racine, qui n'aurait jugé ce dessein condamnable ? surtout quand ce qu'ils rejettent dans l'Eglise catholique, est vraiment le caractère distinctif de sa sainteté. Nulle part, en effet, les entrailles de la miséricorde ne s'émeuvent autant que dans l'Eglise catholique; comme une véritable mère, elle ne traite pas avec orgueil ses fils quand ils commettent des fautes, elle leur pardonne aisément quand ils se sont corrigés. Ce n'est pas sans motif que Pierre, entre tous les Apôtres, représente le caractère de cette Eglise catholique; car c'est à elle que furent données les clefs du royaume des cieux lorsqu'elles furent remises à Pierre2. A tous s'adresse cette parole qui lui fut adressée : « M'aimes-tu? pais mes brebis3» . L'Eglise catholique doit donc pardonner avec empressement à ses fils quand ils se sont amendés et fortifiés par la piété, puisque Pierre lui-même, qui la représente , obtint son pardon après avoir tremblé sur la mer4; après avoir d'une manière trop charnelle, cherché à détourner le Seigneur de souffrir5; après avoir coupé avec le glaive l'oreille d'un esclave; après avoir renié trois fois le Seigneur6 et s'être ensuite laissé aller à une feinte superstitieuse7; mais il s'était corrigé et fortifié au point de mériter la gloire de souffrir comme le Sauveur.
Aussi, après la persécution excitée par les Ariens, quand la paix, que l'Eglise catholique tient toutefois de son union avec le Seigneur, eut été rendue, même par les grands de ce monde, beaucoup d'évêques qui, dans cette persécution, étaient du parti d'Arius, préférèrent, après s'être corrigés, rentrer dans la foi catholique, condamnant ce qu'ils avaient cru ou feint de croire. L'Eglise catholique les reçut dans son sein maternel, comme elle y avait reçu Pierre lorsqu'il pleura après que le chant du coq l'eut averti de son reniement, et lorsqu'après de coupables feintes, il se fut corrigé à la voix de Paul.
En traitant avec hauteur, en blâmant avec impiété cette charité de notre mère, ces hérétiques ont mérité, pour n'avoir pas félicité Pierre se relevant au chant du coq8, de tomber avec Lucifer, qui le matin se levait avec éclat9.
