CHAPITRE XXIII. LE FILS DE DIEU N'EST-IL QU'UNE CRÉATURE ?
25. Eloignons-nous encore de ceux qui cherchent à nous faire considérer le Fils de Dieu comme une créature, par la raison qu'il a souffert. Voici leur raisonnement: s'il a souffert, il est sujet au changement ; s'il peut changer, il est une créature, parce que l'essence divine rie peut changer. Quant à nous, nous confessons avec eux que l'essence divine est immuable et que la créature peut changer ; mais entre la créature et l'abaissement au rôle de créature,-, il y a un abîme. Ainsi le Fils unique de Dieu, je veux dire la Vertu, la Sagesse de Dieu, le Verbe par qui tout a été fait, étant immuable, a bien voulu se revêtir de notre humanité ;elle était tombée et vieillie, il a daigné la relever et la rajeunir. Mais quand il a souffert sa passion pour elle, il n'a altéré en rien sa propre nature; au contraire, par sa résurrection il a amélioré le sort de notre humanité, et pourtant il faut reconnaître que le Verbe du Père, le Fils unique de Dieu, par qui tout a été fait, est né et a souffert pour nous. En effet, ne disons-nous pas que les martyrs ont souffert et sont morts pour posséder le royaume des cieux? et cependant par ces souffrances, par cette mort, leurs âmes n'ont pas été anéanties : car le Seigneur a dit : « Ne craignez point ceux qui tuent le corps, ils ne peuvent rien sur l'âme1 ». Ainsi donc nous admettons que les martyrs ont souffert et sont morts dans les corps dont ils s'étaient revêtus, sans que leurs âmes aient été exposées à la destruction ou à la mort; nous reconnaissons de la même manière que le Fils de Dieu a souffert et est mort dans l'humanité à laquelle il s'était uni personnellement, sans qu'il y ait eu changement ou mort pour sa nature divine.
Matt. X, 28. ↩
