CHAPITRE XXII. JÉSUS-CHRIST NÉ D'UNE FEMME.
24. Il y en a, (mais leurs paroles ne nous en imposeront pas), qui prêtent à Notre-Seigneur un corps semblable à celui qui se montra sous la forme de la colombe que Jean-Baptiste vit descendre du ciel, et s'arrêter sur Jésus, comme emblème de l'Esprit-Saint : par là ils veulent persuader que le Fils de Dieu n'est pas né de la femme. S'il fallait, disent-ils, qu'il fût visible aux yeux de la chair, il a pu prendre un corps tel que l'avait pris l'Esprit-Saint. Or, ajoutent-ils, cette colombe n'est pas sortie d'un neuf; et cependant les yeux des hommes ont pu l’avoir. D'abord nous leur répondrons que dans le livre où nous lisons que l'Esprit-Saint est apparu à Jean sous la forme d'une colombe1, nous trouvons aussi que Jésus-Christ est né de la femme2. Il ne faut pas dans l'Evangile accepter tel passage pour rejeter tel autre. Pour quel motif croyez-vous que l'Esprit-Saint s'est montré sous la forme d'une colombe, si ce n'est parce que vous l'avez lu dans l'Evangile ? Moi aussi j'ai donc raison de croire que Jésus-Christ est né d'une Vierge, puisque je lis cela dans l'Evangile.
Mais l'Esprit-Saint n'est pas né d'une colombe, comme Jésus-Christ est né d'une femme; en voici la raison : l'Esprit-Saint n'était pas venu pour affranchir les colombes, mais pour faire connaître aux hommes l'innocence et l'amour spirituel dont la colombe est le symbole. Or, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui était venu pour sauver l'humanité (et le salut importe aux deux sexes), n'a pas dédaigné les hommes, puisqu'il s'est fait homme, ni les femmes, puisqu'il est né de la femme. Voyez encore cet admirable mystère la mort nous était venue par la femme, c'est par la femme que la vie devait nous être rendue, et par ces deux natures, de l'homme et de la femme, Satan a eu la douleur de se voir vaincu ; et comme il avait eu la joie de les perdre toutes les deux, le châtiment restait incomplet, si les deux natures de l'humanité ne nous sauvaient l'une et l'autre.
Aussi ne disons-nous pas que Jésus-Christ seul s'est revêtu réellement d'un corps, tandis que le Saint-Esprit se serait montré aux yeux des hommes, sous de fausses apparences; nous affirmons que nous croyons à ces deux corps, que ces deux corps sont vrais. Si le Fils de Dieu ne devait -pas tromper- les hommes, le Saint-Esprit non plus ne pouvait les abuser. Mais à Dieu, quia tiré du néant toute créature, il n'était pas plus difficile de former en dehors des lois de la nature un vrai corps de colombe, que de créer un corps dans le sein de Marie, sans le concours de l'homme. Dans le sein de la femme pour former l'homme, comme dans le ciel même pour créer une colombe, la nature n'obéissait-elle pas à la volonté souveraine du Seigneur? Mais ces malheureux hérétiques se figurent, dans leur aveuglement, que Dieu lui-même, dont la puissance est infinie, n'a pu faire ce qu'eux-mêmes se sentent incapables de faire, ou ce qu'ils n'ont jamais vu !
